Par Pierre-Paul Dossekpli
Conseil Plénier, Lagos 2026
En ce sixième jour du Conseil Plénier 2026, à la veille de la Pentecôte, les membres ont laissé de côté la salle plénière pour quelque chose de plus intime. Répartis en cinq groupes de travail — Soins, Bien-être et Spiritualité ; Mission, Collaboration avec les Laïcs et JPIC ; Formation Intégrale ; Bonne Gouvernance et Synodalité ; et Finances — ils se sont penchés sur des tables, ont échangé des notes, et ont fait ce que l’Église a toujours fait de mieux : penser ensemble.
C’est une scène qui remonte aux origines de l’Église. Lorsque les premiers disciples se sont réunis après la Résurrection, déconcertés et incertains, ils n’ont pas attendu qu’une seule voix leur indique la direction — ils sont restés ensemble. C’est précisément cette qualité de communion que le Pape Saint Jean-Paul II a mise en lumière lors de son Audience Générale du 29 juillet 1998, attirant notre attention sur le plus ancien portrait de la communauté chrétienne en action :
« Les Actes des Apôtres nous montrent la première communauté chrétienne unie par un fort lien de communion fraternelle : « Tous ceux qui croyaient étaient ensemble et mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens et en partageaient le prix entre tous selon les besoins de chacun » (Ac 2,44-45). Il ne fait aucun doute que l’Esprit Saint est à la racine de cette démonstration d’amour. » — Pape Saint Jean-Paul II, Audience Générale, 29 juillet 1998.
Quelque chose de ce même Esprit semblait se mouvoir dans les salles aujourd’hui. Le P. German Patiga, Supérieur de District des Philippines, l’a exprimé avec une simplicité qu’aucune théorie ne saurait améliorer :
« Il y a des moments où nous sommes presque d’accord sur la même chose, mais nous continuons à partager davantage, à approfondir notre partage — avec ce sens commun du même, notre compréhension commune de ce qui se passe. »
« C’est quelque chose de très bien, parce que cela peut être vrai pour cette personne, et pour une autre personne d’une perspective différente — mais la même compréhension. »
Le moment qu’il a décrit est celui que toute personne ayant participé à une vraie bonne réunion reconnaîtra : le point où des esprits séparés arrivent, presque par surprise, au même endroit. Pour le P. German, cela s’est produit autour de la question de la formation.
« Il y a eu un moment où nous parlions de la formation, et nous étions bloqués sur la quatrième année de théologie. Puis quelqu’un a dit qu’il fallait commencer dès le début de la formation. Une personne l’a dit, et tout le groupe est arrivé à la même conclusion. J’ai même dit : il faut commencer dès l’année préparatoire. »
Une seule voix, et une salle change de cap. C’est le travail en groupe à son meilleur.
Le P. François du Penhoat, Supérieur Général de la SMA, a été franc sur les atouts et les limites de la méthode :
« L’avantage de travailler en groupe, c’est que chacun se concentre sur un aspect et qu’on gagne du temps. Mais le fait de diviser le travail, cela fait que tu ne domines pas l’ensemble du processus. »
Il a ajouté avec le sourire : « Mais on était content d’aller en groupe, je pense, parce qu’on était un peu fatigués des sessions plénières — ça, c’est vrai. »
Pourtant, sous la légèreté de cet aveu se cache quelque chose qu’il tient avec conviction :
« Moi, je crois beaucoup au travail en groupe, parce que cela nous engage tous et, ensuite, quand il faut passer à la réalisation, on se sent davantage partie prenante. Mais cela demande beaucoup d’écoute pour essayer de comprendre le point de vue de l’autre. »
Cette conviction n’a pas commencé avec le P. François. Elle remonte aux origines mêmes de la Société. Le Vénérable Melchior de Marion Brésillac, qui a donné à la SMA sa vie et son esprit, écrivait :
« Dans toute société, les différents membres contribuent tous au bien accompli par l’ensemble de la Société, quelle que soit la fonction particulière qui leur a été confiée. Car les objectifs ne peuvent être atteints par les efforts d’un seul membre, mais par l’effort combiné de plusieurs. »
— Vénérable Melchior de Marion Brésillac, Retraite aux Missionnaires, 80.
Le fondateur avait compris quelque chose d’essentiel : l’effort partagé n’est pas simplement un moyen d’accomplir la mission, mais la manière dont la mission est véritablement vécue.
L’écoute. C’est le mot au cœur de tout. Pour que cela se produise, comme nous le rappelle la professeure Amy Edmondson, l’environnement doit d’abord être suffisamment sûr :
« Lorsqu’un environnement de travail bénéficie d’un niveau raisonnablement élevé de sécurité psychologique, de bonnes choses se produisent : les erreurs sont signalées rapidement, la coordination entre les groupes se fait de manière fluide, et des idées potentiellement révolutionnaires pour l’innovation sont partagées. »
Le Pape François ramène tout cela à l’identité la plus profonde de l’Église :
« La vérité ne se possède pas, elle se cherche ensemble, en nous laissant guider par un cœur inquiet d’amour pour l’Amour. »
Travailler en équipe n’est pas simplement une stratégie organisationnelle pour la SMA. C’est une expression de ce qu’est l’Église — un peuple appelé à marcher ensemble, écouter ensemble et discerner ensemble. À la veille de la Pentecôte, dans cinq petites salles, c’est exactement ce qui se passait.






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