La SMA et les NDA redécouvrent le cœur de leur mission
Une session des célébrations du Triple Jubilé, 2 juin 2026
Par Pierre-Paul Dossekpli
La question « La SMA et les NDA devraient-elles collaborer ? » peut sembler raisonnable. Pourtant, lors d’une session historique des célébrations du Triple Jubilé, le 2 juin 2026, les deux supérieurs généraux ont avancé une position discrètement radicale : il faut l’écarter, parce qu’elle part du mauvais endroit.
La vraie question, ont-ils suggéré, n’est pas de savoir s’il faut collaborer, mais de savoir si nous comprenons ce qu’est la mission. Et si nous le comprenons, la collaboration n’est pas une conclusion à laquelle on parvient. C’est le point de départ.
La mission est relationnelle par nature
Sr Mary T. Barron, Supérieure Générale de Notre-Dame des Apôtres (NDA), a ouvert les travaux par une réflexion qui a recadré toute la conversation. Sa conférence, L’appel à la collaboration comme appel à la mission, n’a pas soutenu que la collaboration est importante, bénéfique, ou même nécessaire. Elle a avancé quelque chose de plus fondamental : que la mission, bien comprise, ne peut être qu’une mission collaborative.
Son point de départ était la Missio Dei — la conviction, centrale dans la théologie missionnaire contemporaine, que la mission ne vient pas de nous. La mission est le mouvement de Dieu lui-même vers le monde, et nous sommes invités à y participer. Mais Dieu, en tant que Trinité, est relationnel au cœur. Le Père, le Fils et l’Esprit n’agissent pas en isolement ; ils existent en communion. Si la mission est participation à cette vie trinitaire, alors une approche solitaire et autosuffisante de la mission n’est pas simplement inefficace — elle est, à un niveau plus profond, une contradiction dans les termes.
De cela découle tout le reste. Citant le théologien Stephen Pickard, Sr Mary a décrit la collaboration comme « une démonstration pratique d’une relationalité façonnée par l’Évangile » — non pas une technique, mais une expression visible de ce qu’est l’Évangile. La vision du pape François de la synodalité comme « un style, une spiritualité, une manière d’être Église » a renforcé le propos : marcher ensemble n’est pas une méthode adoptée par commodité pastorale. C’est la forme que prend une mission fidèle.
C’est pourquoi Sr Mary a insisté pour dépasser le langage de la complémentarité — qui sous-entend encore deux entités autonomes qui comblent mutuellement leurs lacunes — au profit de celui de la réciprocité : la reconnaissance que la SMA et les NDA « portent le même charisme dans des corps, des histoires et des expressions différents, et que chacune enrichit l’autre. » La réciprocité est mutuelle par définition. Elle ne peut être unilatérale, déléguée ou optionnelle.
Elle a identifié cinq conditions pour que cela devienne réalité : une compréhension partagée de la co-responsabilité (pas simplement la coordination des agendas) ; une spiritualité de l’écoute mutuelle ; le courage de partager et de conférer le pouvoir à travers les hiérarchies et les cultures ; la compétence interculturelle comme aptitude synodale ; et un récit commun de la mission — car, comme elle l’a dit simplement : « si nous racontons la mission séparément, nous agirons séparément. »
Inscrit dans l’ADN dès l’origine
Si Sr Mary a fourni l’argument théologique, le P. François du Penhoat, Supérieur Général de la Société des Missions Africaines (SMA), a apporté l’argument historique — tout aussi saisissant. Sa présentation, Avancer ensemble — La SMA et les NDA au service du Royaume, a montré que la mission relationnelle n’est pas un idéal moderne greffé sur les deux congrégations. C’est leur conception originelle.
Dès octobre 1856 — avant que l’une ou l’autre congrégation ait pris pleinement forme — Mgr de Brésillac écrivait déjà son espoir de « préparer de loin une action commune » avec des religieuses. Le P. Augustin Planque, qui allait porter la vision des fondateurs, était tout aussi explicite : la plantation d’Église en Afrique, englobant la santé, l’éducation et l’évangélisation, était inconcevable sans la participation des sœurs. La collaboration n’était pas un plan B. C’était le plan.
Le P. François n’a pas pour autant idéalisé ce qui a suivi. Il a nommé honnêtement les difficultés qui ont marqué les relations SMA-NDA au fil des générations : manque de respect pour l’autonomie de chaque communauté, malentendus financiers, préjugés, et la tendance récurrente — saisie dans une formule qui a suscité une reconnaissance immédiate — qu’un côté « lance un train en marche et demande à l’autre d’y accrocher son wagon. » Ce sont de véritables échecs, et les nommer importe. Mais ce sont des échecs contre la vision originelle, non la preuve que cette vision était erronée.
Face à ces ombres, le P. François a évoqué des témoignages personnels de ce à quoi ressemble une véritable collaboration lorsqu’elle prend racine : en mission au pays Bariba dans le nord du Bénin, et dans la paroisse de Vaulx-en-Velin en France, où un contrat fut signé conjointement avec l’archévêque et où sœurs et pères travaillaient, priaient et sortaient ensemble. Ce qui en a émergé dans les deux cas n’était pas simplement un ministère plus efficace, mais quelque chose qu’il a nommé avec précision : se convertir ensemble — une « appartenance mutuelle » dans laquelle les sœurs des NDA sont véritablement « nos sœurs », et non des partenaires extérieures.
Sa conclusion était tournée vers l’avenir : « Être ensemble » et « Faire ensemble » — complémentarité des personnes, discernement partagé des priorités missionnaires, et ouverture à de nouvelles frontières comme le ministère auprès des migrants.
Conversation dans l’Esprit
Après les deux présentations, les participants sont entrés dans une Conversation dans l’Esprit — une forme structurée de discernement communautaire dans laquelle chacun prend la parole non pour débattre, mais à partir d’un lieu d’écoute intérieure. La méthode, familière des assemblées synodales récentes à travers l’Église, incarne précisément ce que les deux intervenants avaient décrit : une attention à ce que l’Esprit dit à travers l’autre, une disposition à être transformé par ce qu’on entend.
La question qui demeure
Ce qui a émergé de cette session n’était ni un programme ni une résolution. C’était quelque chose de plus profond : une invitation, pour tous les membres de la SMA et des NDA, à reconnaître que la question de la collaboration a déjà reçu une réponse — par les fondateurs, par la théologie, par la forme même de la Trinité. La question qui reste est de savoir si nous vivrons en conséquence.
Vivre cette vision demande pourtant davantage que de la bonne volonté ou un renouveau d’engagement. Elle exige une véritable transformation culturelle — un travail patient pour mettre au jour les suppositions, les habitudes et les dynamiques de pouvoir qui façonnent discrètement la manière dont la SMA et les NDA se rapportent l’une à l’autre, en deçà de leurs valeurs déclarées. La grille de lecture de la culture organisationnelle d’Edgar Schein offre une approche rigoureuse pour cela : en distinguant les pratiques visibles, les valeurs affichées et les hypothèses de base — plus profondes — qui pilotent en définitive les comportements. La recherche dans l’histoire commune et la formation intentionnelle aux valeurs d’une collaboration saine constituent peut-être la prochaine frontière.
“La collaboration n’est pas simplement quelque chose que nous faisons. C’est quelque chose que nous devenons.”






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