Par Pierre-Paul Dossekpli
Chaponost, mardi 28 juillet 2026 — Le sixième et dernier jour du pèlerinage organisé en France dans le cadre du triple jubilé de la Société des Missions Africaines (SMA) et de Notre-Dame des Apôtres (NDA) a connu son point d’orgue ce mardi, avec une messe solennelle célébrée à la basilique Notre-Dame de Fourvière, à Lyon, suivie de réjouissances fraternelles à Chaponost. Un lieu hautement symbolique pour clore cette étape du pèlerinage : c’est en effet sur cette colline que fut fondée la SMA, il y a près de 170 ans.
Une messe d’envoi, pas de clôture
C’est Mgr Michel Cartateguy, SMA, archevêque émérite de Niamey, au Niger, qui a présidé la célébration eucharistique. Dans une homélie empreinte de gratitude et d’exigence, il a rappelé le chemin parcouru par les deux fondateurs — Mgr de Brésillac pour la SMA et le Père Planque pour les Sœurs de Notre-Dame des Apôtres — montés sur cette même colline avec cinq compagnons, avant que la plupart d’entre eux ne renoncent à l’aventure dans les mois qui suivirent. Il n’en resta que trois sur sept.
Évoquant cet épisode fondateur, Mgr Cartateguy y a vu un écho à la question posée par Jésus aux Douze dans l’Évangile de Jean : « Voulez-vous, vous aussi, partir ? » La vocation missionnaire, a-t-il souligné, a toujours été exigeante — hier comme aujourd’hui — et demande courage, persévérance, patience et abnégation. Il s’est réjoui du nombre de jeunes aujourd’hui attirés par cette vocation, tout en s’interrogeant : sont-ils préparés à aller non seulement vers les périphéries, mais aussi vers les lieux où, précisément, personne ne veut aller ? C’est là, a-t-il rappelé, le cœur même de la mission SMA-NDA.
L’archevêque émérite a insisté sur la dimension collective de cet envoi : nul n’est missionnaire seul, mais toujours en Église — universelle, diocésaine, paroissiale, communautaire. Il a filé une image sportive pour exprimer cette conviction : le talent permet de gagner des matchs, mais c’est le travail d’équipe qui fait gagner le championnat.
Il a ensuite filé une autre image, plus symbolique encore : celle d’un figuier originaire du Sud — terre de Mgr de Brésillac — mais acheté au Nord, terre du Père Planque, puis planté à Lyon, au centre, là précisément où les deux fondateurs se sont rencontrés pour donner naissance à la famille SMA-NDA. Un arbre né de cette double origine et désormais appelé à donner ses fruits depuis ce lieu de convergence. Il a conclu en qualifiant cette messe non pas de clôture du pèlerinage, mais bien d’envoi, invitant chacun à redescendre de la colline avec l’audace des fondateurs, pour proclamer que le Christ est vivant.
Le témoignage de Sœur Clémentine : « J’espère les avoir bientôt »
Parmi les nombreux témoignages recueillis au fil de cette journée, celui de Sœur Clémentine Remadji Narangar, religieuse NDA originaire du Tchad, a particulièrement marqué les esprits. Venue pour la première fois sur les lieux fondateurs de la SMA et du NDA, elle a confié sa joie d’avoir vu de ses propres yeux comment tout a commencé, et sa reconnaissance envers celles et ceux qui, jour et nuit, ont œuvré à la préparation de ce jubilé.
Interrogée sur la présence de la SMA dans son pays — le Tchad, où les Pères SMA ne sont pas encore implantés — Sœur Clémentine n’a pas caché son espérance : « J’espère les avoir bientôt », a-t-elle confié, avant d’ajouter que les sœurs NDA, déjà présentes sur place, préparent le terrain pour un futur accueil des Pères. Selon elle, deux lieux sont déjà en train de se mettre en place, et la présence du NDA au Tchad pourrait précisément ouvrir la voie à celle de ses frères SMA, afin que la mission se poursuive ensemble dans son pays.
Ce vœu résonne comme un prolongement concret de l’appel lancé par Mgr Cartateguy à vivre la mission « ensemble » — un fil qui a traversé toute la journée, entre la gratitude pour l’héritage reçu et l’élan vers de nouveaux territoires à évangéliser.
Gratitude, ressourcement et espérance
D’autres voix se sont jointes à celle de Sœur Clémentine pour exprimer ce même mélange de gratitude et d’espérance. Sœur Julienne Adogboe, NDA originaire du Togo et actuellement en mission en France, s’est dite heureuse d’avoir pu, par la Providence, prendre part à ce pèlerinage jubilaire, et a formulé le vœu que l’Esprit continue de susciter des vocations pour les deux instituts.
Sœur Françoise Fri Abena a, quant à elle, insisté sur la dimension de ressourcement de la journée : marcher sur les pas de Mgr de Brésillac et du Père Planque, a-t-elle expliqué, c’est revenir à la source pour mieux repartir, à l’heure où le monde attend encore beaucoup des instituts missionnaires.
Enfin, le Père Michael Adebote, SMA originaire du Nigéria et aujourd’hui en poste dans le diocèse de Portland, dans le Maine (États-Unis), a livré un témoignage empreint d’émotion personnelle. Baptisé, ayant fait sa première communion et été ordonné par des prêtres SMA, il s’est dit habité par un profond sentiment de dette envers la Société pour tout ce qu’elle a apporté à l’Afrique et aux Africains. Il a salué le chemin parcouru en 170 ans — d’un rêve d’enfant à une présence aujourd’hui mondiale, portée par de nombreuses sœurs et pères africains servant sur tous les continents — et s’est dit confiant dans l’avenir : le flambeau, a-t-il affirmé, est désormais entre les mains d’une nouvelle génération de « missionnaires sans frontières », appelée à poursuivre l’annonce de la Bonne Nouvelle en Afrique, depuis l’Afrique et avec l’Afrique.
Ainsi s’achève, à Fourvière, le pèlerinage en France du triple jubilé de la SMA et de Notre-Dame des Apôtres : une étape vécue comme un retour aux sources, mais surtout comme un nouvel envoi en mission, porté par la gratitude du passé et l’espérance de terres encore à ensemencer — à commencer, peut-être bientôt, par le Tchad. La clôture officielle du triple jubilé aura lieu le 8 décembre 2026.






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