« La mission appartient à Dieu » : le P. Justin Kette revient sur 20 ans de service missionnaire


Le P. Justin Sylvestre Kette, SMA, se prépare actuellement pour une nouvelle affectation missionnaire en Afrique du Sud.

Après plus de vingt ans de ministère entre le Libéria, le Togo, le Nigeria, la France et la République centrafricaine, le P. Justin Sylvestre Kette, SMA, s’apprête à entamer une nouvelle étape de sa vie missionnaire en Afrique du Sud. Son parcours l’a conduit du travail pastoral dans des contextes marqués par la guerre et l’instabilité à des responsabilités de gouvernance, d’enseignement et de service dans l’Église. Il l’a également mené vers le droit canonique, qu’il considère comme un instrument de paix et de justice. Dans cet entretien, il revient avec franchise sur les expériences qui ont façonné sa manière de comprendre la mission : patience, compréhension, disponibilité et conscience de n’être qu’un intendant au service du Maître.

Après avoir servi dans des contextes marqués par l’instabilité, notamment le Libéria d’après-guerre civile, quelles leçons pastorales et humaines vous accompagnent encore aujourd’hui ?

Travailler comme missionnaire dans un contexte post-conflit armé comme celui qui prévalait au Libéria a été pour moi un grand défi sur tous les plans. J’étais un jeune prêtre nouvellement arrivé dans le pays, ne connaissant ni la culture ni les contours de cette situation difficile qu’avait laissée la guerre civile. Cinq confrères SMA étaient présents à mon arrivée et ont beaucoup contribué à mon accueil et à mon immersion.

Je retiens surtout deux dispositions à développer dans un tel contexte : la patience et la compréhension. Il faut être patient avec les personnes auprès desquelles on est envoyé, chercher à comprendre leur situation, leur histoire et leur mentalité, et surtout éviter de les juger ou de vouloir les changer à tout prix.

Votre passage dans la mission rurale de Sanniquellie, dans le diocèse de Gbarnga, après une formation en Afrique du Sud, a été bref mais marquant. Qu’avez-vous appris sur l’évangélisation en milieu rural africain ?

Mon expérience à la mission de Sanniquellie, dans le diocèse de Gbarnga, a été courte — à peine une année pastorale — mais très enrichissante. La question qui m’habitait était de savoir comment reconstruire une communauté chrétienne après une longue période de guerre et d’exil.

La formation reçue à l’Institut Lumko, en Afrique du Sud, notamment en catéchèse en milieu rural, m’a permis de mieux comprendre que l’évangélisation consiste d’abord à être présent et à vivre avec l’autre dans toute sa complexité existentielle. On ne peut pas évangéliser de loin : il faut partager la vie des personnes.

En tant que secrétaire du District en Formation Afrique à Lomé, vous avez travaillé au cœur de la restructuration SMA. Comment cette période a-t-elle façonné votre vision de la gouvernance missionnaire ?

Mon expérience comme secrétaire du District en Formation Afrique à Lomé a été une grande école d’apprentissage administratif. Je ne m’étais pas préparé à occuper un tel poste seulement deux ans après mon ordination. Avec le recul, je peux dire que ce passage à Lomé a profondément façonné ma connaissance des rouages de la gouvernance SMA.

Pour faire un monde, il faut un tout ! Pour mieux faire avancer la mission, certains doivent aussi être engagés dans l’administration, notamment pour rechercher les moyens financiers et les ressources humaines nécessaires. Mais j’ai également compris qu’il ne faudrait pas maintenir les mêmes confrères trop longtemps dans l’administration, au risque qu’ils se croient indispensables ou deviennent des spécialistes de ce domaine.

Vos années au Nigeria, notamment à Jos et Kaduna, vous ont permis de découvrir une autre réalité pastorale. Qu’en retenez-vous ?

Après la restructuration du District en Formation Afrique en trois Entités, j’avais souhaité repartir en paroisse et le Conseil sortant m’a nommé au Nigeria. Je n’y ai passé qu’une année pastorale, dans les diocèses de Jos et de Kaduna, mais ce fut une expérience très riche.

J’y ai découvert une Église particulière très dynamique, dans laquelle nos aînés avaient été de véritables pionniers.

Votre formation approfondie en droit canonique à Strasbourg, jusqu’au doctorat, a-t-elle transformé votre manière de servir l’Église ?

J’ai accueilli la décision de mes Supérieurs d’aller étudier le droit canonique à l’Université de Strasbourg comme un défi personnel. Ces études ont d’abord changé ma propre perception du droit, souvent considéré à tort comme quelque chose de rigide et de punitif.

Or, le droit canonique est avant tout destiné à réguler les relations entre les personnes et les institutions, à favoriser l’ordre, la quiétude et la justice, afin que l’arbitraire et les abus ne prévalent pas au sein de l’Église du Christ.

Les thèmes que j’ai développés dans mon Master et ma thèse de doctorat ont précisément été choisis dans cette perspective : apporter, modestement, une contribution pour que les normes canoniques soient accueillies comme des vecteurs de paix et de justice entre tous les fidèles du Christ.

Vous avez exercé un ministère paroissial en France tout en assumant des responsabilités dans la Province de Strasbourg. Que retenez-vous de cette expérience pour votre nouvelle mission ?

Parallèlement à mes études universitaires, j’étais curé de paroisses et engagé dans l’administration de la Province de Strasbourg. Je ne sais pas si la discipline personnelle que je me suis imposée était toujours la meilleure solution, mais elle m’a permis de mener ces différentes responsabilités de front.

J’ai compris mon rôle dans l’administration à Strasbourg comme un service au sens évangélique du terme, et ma présence en paroisse comme une mission confiée par ceux qui avaient la responsabilité de l’Église. Ce qui m’animait avant tout était le désir de donner le meilleur de moi-même.

Je ne connais pas encore suffisamment la réalité de la mission en Afrique du Sud pour dire ce que j’y réinvestirai précisément, mais je pars avec cette même disposition de service.

En République centrafricaine, vous avez assumé plusieurs responsabilités importantes. Quel impact cette période a-t-elle eu sur votre identité missionnaire ?

J’aurais préféré être épargné de certaines de ces responsabilités, car le cumul n’est pas toujours un signe d’efficience ou d’efficacité ! Mais la plupart de ces charges se sont présentées à moi et je me suis parfois senti moralement obligé de les accepter.

J’ai néanmoins beaucoup appris de ces responsabilités. Elles m’ont permis de mieux connaître les joies, les attentes et les défis de l’Église locale dont je suis originaire.

Vous avez également accompagné la communauté anglophone de Bangui comme aumônier. Qu’avez-vous retenu de cette expérience interculturelle ?

C’était un service qui m’avait été demandé par le Cardinal-Archevêque de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga. La communauté anglophone était très dynamique et composée majoritairement de commerçants originaires du Nigeria. Elle fonctionnait presque comme une quasi-paroisse.

Cette expérience m’a rappelé celle que j’avais vécue au Nigeria, notamment à travers le même esprit et le même zèle chez les fidèles laïcs. J’ai cependant de la peine à établir un lien direct avec ma nouvelle mission en Afrique du Sud.

Après plus de vingt ans de missions diverses, quel regard portez-vous sur les défis actuels de la mission SMA en Afrique ?

De mon humble avis, la mission reste une affaire de Dieu qui envoie et des hommes et des femmes qui sont envoyés. C’est à chacun de répondre à cet appel jour après jour.

Même si nous ne sommes pas indispensables, il faut toujours rester dans la position de l’intendant, de celui qui est envoyé, et ne jamais prendre la place du Maître, qui est le Seigneur.

En vous préparant à partir en Afrique du Sud, quels objectifs souhaitez-vous privilégier pour cette nouvelle étape ?

Je n’ai pas d’objectifs préconçus. J’y vais avec un esprit ouvert et disponible, prêt à travailler selon les orientations pastorales de l’Église locale, tout en y apportant une touche SMA.

Je fais confiance au Seigneur. Je crois qu’il aidera à ce que tout aille pour le mieux, pour le salut des hommes et pour sa propre gloire.

Une mission qui continue

Du Libéria de l’après-guerre au Nigeria, de Lomé à Strasbourg, puis de la République centrafricaine à l’Afrique du Sud, le parcours du P. Justin Sylvestre Kette rappelle une conviction essentielle : le missionnaire n’est pas le maître de la mission, mais celui qui est envoyé pour servir.

Ses expériences successives lui ont appris à être patient, à comprendre avant de juger, à considérer l’autorité comme un service et à rester disponible devant ce que Dieu demande. Alors qu’il s’apprête à rejoindre l’Afrique du Sud, il ne part pas avec un programme tout tracé, mais avec une attitude qui résume peut-être le mieux son parcours : un esprit ouvert, une disponibilité au service et la confiance en Dieu qui conduit la mission.

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