Partir de l’identité : le fondement d’une mission renouvelée


Par Pierre-Paul Dossekpli

Conseil Plénier SMA, Lagos 2026 — Jour 3

« Il nous faut approfondir nos engagements missionnaires, en partant de notre identité et notre charisme pour être une vraie présence prophétique dans notre monde. » Ces mots du Supérieur général ont ouvert le ton d’une journée dense, au cours de laquelle les supérieurs des différentes entités de la Société des Missions Africaines (SMA) se sont succédé pour dresser le portrait de leur réalité respective.

Qui sommes-nous ? La question qui précède toutes les autres

Avant d’agir, il faut savoir qui l’on est. C’est la conviction profonde qui traverse ce 3e jour du conseil plénier : l’identité n’est pas un point de départ parmi d’autres, elle est le fondement. Le succès d’une institution comme la SMA repose sur la cohérence entre ce qu’elle est, ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Sans cet alignement, la mission risque de se réduire à de l’activisme, efficace peut-être, mais creux.

Cette question de l’identité n’est pas abstraite. Elle se vit au quotidien, dans les communautés, dans les engagements de terrain. C’est ce que partage le Père Valère Mupidi, supérieur de l’entité de la République Démocratique du Congo (RDC) : « Notre identité, c’est d’être présents dans les milieux de première évangélisation, proches de ceux qui sont dans le besoin, dans les zones de conflits, pour les accompagner. » Une définition sobre et puissante, ancrée dans une réalité que connaît bien la RDC, où la mission se vit souvent au cœur de la fragilité humaine.

En Zambie, le Père William Sinkala, Supérieur de l’entité, explique : « Nous organisons des retraites et des séminaires » — autant d’espaces pour se ressourcer, pour se rappeler à soi-même pourquoi on est là. À Haguenau, dans la Province de Strasbourg, la communauté apostolique choisit une autre voie : se replonger régulièrement dans les textes de l’Assemblée Générale, laisser les fondations parler.

Un corps, des visages multiples

La journée a mis en lumière la richesse et la diversité du corps SMA. Chaque entité apporte sa particularité, ses ressources propres et ses fragilités. « Chaque entité a quelque chose de spécifique à apporter », a-t-on rappelé. Ce pluralisme n’est pas un obstacle à l’unité — il en est la texture.

Mais cette diversité s’accompagne de défis concrets : difficultés de visa, pressions politiques croissantes, contrôle accru des États sur les finances des organisations religieuses. Des réalités qui pèsent sur le quotidien missionnaire et exigent de l’adaptation et de la résilience.

Être missionnaire aujourd’hui : une conversion permanente

C’est peut-être le Père Didier Lawson, Conseiller Général, qui a formulé le plus clairement l’exigence intérieure de cette mission renouvelée : « Il faut respirer avec ses deux poumons : le poumon communautaire, et le poumon personnel. » Une image forte, qui dit à la fois l’interdépendance et la nécessité d’une vie intérieure nourrie.

Plusieurs formules ont résonné dans la salle comme autant d’invitations à la conversion :

  • « La mission se joue là où la vie est blessée. »
  • « Le zèle missionnaire s’étouffe là où l’on ne connaît plus le contexte. »
  • « Le temps du missionnaire qui sait tout est révolu. »
  • « Se détacher de la logique de la possession pour entrer dans une logique de don. »
  • « Les finances sont un outil, jamais un moteur. »

Ces mots esquissent en filigrane le profil du missionnaire contemporain : modeste, ancré dans la réalité, sensible aux blessures du monde, et indépendant de toute emprise — qu’il s’agisse de l’argent ou du prestige.

La continuité comme engagement

« Nous sommes des nains sur les épaules de géants. » C’est par cette formule saisissante que le Supérieur général a introduit sa réflexion sur l’héritage de la SMA. Puisant dans la sagesse africaine — c’est au bout de la vieille corde qu’on tresse la nouvelle —, il a rendu hommage aux pionniers de la Société, dans le sillage du Vénérable Mgr de Marion Brésillac, saluant leur persévérance et leur esprit de travail commun.

Il a également rendu grâce à ceux qui, à partir des années 50 et du Concile Vatican II, ont su opérer le tournant théologique de la Mission : réflexion sur l’inculturation, nouvelle ecclésiologie, ouverture au monde. Enfin, il a félicité tous ceux qui ont donné à la SMA son visage actuel, celui d’une Société missionnaire où l’interculturalité se vit au jour le jour et où l’on répond ensemble aux défis de la Mission. « Nous mettons nos pas dans les leurs en invoquant l’aide du Seigneur pour être à la hauteur de ce qu’ils ont commencé », a-t-il conclu.

Être SMA aujourd’hui, c’est aussi se reconnaître héritiers d’une longue chaîne. « Nous sommes le corps qui gère l’ensemble de la Société », dit-on — avec la conscience que cette responsabilité engage non seulement le présent, mais aussi l’avenir. La continuité dans la mission n’est pas une simple fidélité au passé ; c’est un act vivant, qui demande, comme le souligne le conseil, « une conversion de chacun des confrères ainsi que de nos institutions ». En repartant de leur identité, les membres de la SMA ne cherchent pas à se replier sur eux-mêmes. Ils cherchent, au contraire, à trouver dans leurs racines la force d’une présence plus prophétique, plus libre, plus vraie — à la hauteur des défis d’un monde qui, lui aussi, cherche son identité.

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