Notre Identité Missionnaire est-elle Visible dans notre Pastorale ?


Si un missionnaire assure la gestion d’une paroisse exactement de la même manière que tout autre prêtre, en quoi sa vocation missionnaire fait-elle différence ?

C’est une question qui peut sembler dérangeante, mais qui mérite peut-être d’être posée. Non pas parce que les autres prêtres manquent de zèle missionnaire; beaucoup sont profondément engagés dans l’œuvre missionnaire. Cette question nous invite plutôt à examiner ce que notre vocation particulière, comme membres de congrégations missionnaires, apporte aux communautés que nous servons. En quoi notre identité missionnaire devrait-elle influer sur notre approche pastorale ? Et si cette identité n’influence ni nos priorités pastorales, ni nos choix, ni notre relation avec les âmes confiées à nos soins, où se manifeste-t-elle concrètement dans notre travail quotidien ?

Cette question est au cœur de l’un des six aspects de notre vie et de notre mission sur lesquels le P. François du Penhoat nous a invités à réfléchir lors de la messe d’ouverture de l’année académique et pastorale au Généralat : le renouveau de notre créativité missionnaire.  Elle fait également écho de l’appel lancé par l’Assemblée Générale 2025, qui invite à évaluer et à renouveler nos méthodes missionnaires en réponse aux réalités actuelles (cf. AG 2025, n° 71 et 74).

Rappelant la parole de Mgr de Brésillac, pour qui « le rôle d’un missionnaire n’est pas d’être un simple curé de paroisse » (cité par Gilles Babinet, sma, Vie de Mgr de Marion Brésillac, p. 38), le P. François du Penhoat nous invite à réfléchir à ce qui rend notre présence dans une paroisse typiquement missionnaire ; et à nous demander si nous ne nous contentons pas parfois d’assurer la gestion des paroisses au lieu d’en faire de véritables communautés missionnaires.

La gestion d’une paroisse est une responsabilité pastorale importante. Elle implique la célébration des sacrements, l’accompagnement des familles, la préparation à la vie chrétienne, la visite des malades et la croissance spirituelle de la communauté. Ce sont là des dimensions essentielles de la pastorale, et un missionnaire en est tout autant responsable que n’importe quel autre prêtre.

Cependant, une paroisse peut avoir régulièrement des Messes, des célébrations liturgiques bien structurées, des associations dynamiques et un conseil paroissial actif, tout en accordant peu d’attention à ceux qui ne franchissent jamais le seuil de l’église. Ses membres peuvent être bien servis, tandis que les personnes situées à ses marges géographiques ou sociales demeurent largement ignorées. Son calendrier pastoral peut être chargé, et son rayonnement missionnaire rester limité.

Une telle paroisse ne manque pas nécessairement à ses responsabilités. La question est plutôt de savoir si elle réalise pleinement son potentiel missionnaire.

Et pour les congrégations missionnaires, cette question ne saurait être secondaire. D’autant qu’elles n’ont pas été établies simplement pour offrir des services pastoraux là où le besoin se fait sentir. Leur vocation s’enracine dans la proclamation de l’Évangile et dans un engagement missionnaire particulier envers les peuples et les Églises qu’elles sont appelées à servir. Dans le cas de la SMA, cela se traduit notamment par une sollicitude particulière pour les plus abandonnés et les plus marginalisés. Ce charisme devrait influencer non seulement le lieu de notre travail, mais aussi notre manière de travailler et les priorités qui guident notre ministère.

Ainsi, il nous incombe d’examiner nos pratiques actuelles à la lumière du charisme reçu (cf. AG 2025, n° 71 et 74) :

Nous contentons-nous de maintenir ce qui existe déjà, ou cherchons-nous de nouvelles façons de répondre aux besoins des personnes que nous servons ? Nos activités aident-elles la paroisse à s’ouvrir davantage à la mission plus large de l’Église, ou servent-elles principalement à soutenir sa vie interne ?

Qu’en est-il « des périphéries et des personnes ayant des besoins particuliers » (cf. AG 2025, n° 74) : les personnes qui ne vont plus à la messe, les familles qui se sont éloignées, les jeunes qui se sentent déconnectés de l’Église, les migrants qui peinent à trouver leur place, les pauvres qui restent invisibles, et ceux qui n’ont jamais eu de rencontre significative avec l’Évangile ? Comment les atteindre ? Quelles initiatives pourraient rapprocher l’Église de leur vie ? Et que devrions-nous changer dans notre propre approche pastorale pour rendre cela possible ?

Ces questions ne constituent pas une invitation à abandonner les responsabilités ordinaires de la vie paroissiale. Elles rappellent simplement que ces responsabilités doivent servir un objectif plus large. Une paroisse n’est pas seulement une communauté à entretenir ; c’est une communauté appelée à participer à la mission de l’Église. Ses membres ne sont pas seulement les bénéficiaires d’une attention pastorale, mais aussi des acteurs de l’évangélisation.

En tant que missionnaires, nous sommes invités à les aider à prendre davantage conscience de leur responsabilité missionnaire, tant au sein de leur communauté locale qu’au-delà, dans le but que nos paroisses deviennent de plus en plus des « communautés de disciples missionnaires » (cf. AG 2025, n° 73).

Cela soulève aussi la question de notre relation avec le clergé local. Les missionnaires ont beaucoup à apprendre des prêtres diocésains, qui possèdent souvent une compréhension approfondie des personnes, de la culture et des réalités pastorales des communautés qu’ils servent. Nous ne devons pas partir du principe que chaque pratique établie doit être remplacée simplement parce que nous sommes missionnaires. Nous ne devons pas non plus reproduire toutes les habitudes pastorales qui nous entourent sans nous demander si elles correspondent à nos priorités missionnaires.

Les missionnaires et les prêtres diocésains célèbrent les mêmes sacrements, prêchent le même Évangile et répondent aux mêmes besoins pastoraux. La distinction ne réside pas nécessairement dans les activités elles-mêmes, mais dans la vision missionnaire qui les façonne : les questions que nous posons, les personnes auxquelles nous accordons la priorité, les initiatives que nous encourageons et les horizons plus larges que nous ouvrons aux communautés que nous servons.

Le défi consiste à apprendre de l’Église locale tout en restant fidèle au charisme particulier que nous y apportons, en offrant un témoignage capable d’interpeller, d’inspirer et d’enrichir l’Église dans son ensemble.

Ces considérations mènent à une autre question, peut-être encore plus révélatrice : si un missionnaire quitte une paroisse après plusieurs années, que devrait-il rester de son passage ?

Bien entendu, il devrait laisser derrière lui une communauté fortifiée dans la foi, des personnes ayant reçu les sacrements et des structures pastorales capables de poursuivre l’œuvre. Ce sont là des fruits importants de la pastorale.

Mais ne devrait-il pas y avoir aussi une conscience missionnaire plus profonde ? Les paroissiens ne devraient-ils pas être mieux préparés à l’évangélisation, les personnes marginalisées ne devraient-elles pas être plus visibles par la communauté, et la paroisse ne devrait-elle pas être plus consciente de sa responsabilité envers l’Église universelle ?

Si le seul héritage que nous laissons est le maintien des activités de la paroisse, il nous faudra peut-être nous demander si nous avons pleinement exercé la dimension missionnaire de notre vocation.

Le succès missionnaire ne se mesure pas uniquement au nombre d’initiatives entreprises ou de programmes mis en place. Une véritable fécondité missionnaire englobe également la conversion, les relations, l’émergence de la responsabilité locale et la capacité d’une communauté à poursuivre la mission.

Pour la SMA, l’enjeu ne consiste pas simplement à avoir des missionnaires à l’œuvre dans les paroisses. L’essentiel est que notre présence contribue à rendre ces paroisses plus missionnaires.

Car, au fond, il ne s’agit pas de savoir si nous sommes de bons curés, mais si nous sommes restés missionnaires.

Brice Ulrich AFFERI

Une réponse à « Notre Identité Missionnaire est-elle Visible dans notre Pastorale ? »

  1. Avatar de Basil Soyoye
    Basil Soyoye

    Bonjour Basil, ce document est fort intéressant. Je te remercie de me l’avoir partagé. Il me semble manquer 3 points :
    – l’importance de puiser dans la prière personnelle la force d’être missionnaire.
    – donner une large place à l’Esprit saint pour se laisser guider et faire l’oeuvre de Dieu (et non pas oeuvrer pour Dieu)
    – un missionnaire doit également chercher à sortir de leur routine les chrétiens consommateurs de la messe du dimanche, en leur annonçant une Parole de feu, qui les bouscule et les appelle à s’engager.
    Réaction from a parishioner…

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