Par Pierre-Paul Dossekpli
Conseil Plénier 2026, Lagos, Nigéria
Le cinquième jour du Conseil Plénier, le Père Dennis Senyo Etti a présenté PACEM — Partenariat, Collaboration et Autonomisation. Approché par les médias de la SMA, le Père Jean-François Bergeron, Supérieur du District du Canada, a admis avoir été perplexe au début : « Pourquoi une fondation ? » Il posait la question que tout responsable missionnaire sérieux devrait poser lorsqu’une nouveauté est proposée au nom de la mission : Est-ce nécessaire ? Cela sert-il l’Évangile ? Cela sert-il les personnes vers qui nous sommes envoyés ?
Ce sont des questions légitimes. Ce qui suit est une tentative honnête d’y répondre.
La Réponse commence par une Question
La Doctrine Sociale de l’Église ne commence pas par des structures. Elle commence par une question : POURQUOI ? Pourquoi les gens sont-ils pauvres ? Pourquoi les communautés manquent-elles d’eau potable, d’écoles, de soins de santé ? Pourquoi les marginalisés restent-ils à la marge, même lorsque des personnes bien intentionnées cherchent à les aider ?
“Nourrir les pauvres est important — c’est un acte de compassion. Mais se demander POURQUOI ils sont pauvres est encore plus important — c’est un acte de justice. La compassion sans la justice ne traite que les symptômes ; la justice sans la compassion oublie la personne.” Père Chibuzor Okakpu
C’est sur ce fondement théologique que PACEM a été bâti. Officiellement créé le 18 mars 2024 et approuvé par le Conseil Plénier 2022, PACEM n’est pas simplement un bureau de collecte de fonds. C’est une réponse structurée à l’appel de l’Église à aller au-delà de la charité vers la justice — à passer de la gestion de la pauvreté à son éradication. La charité est temporelle. La justice est permanente.
Un Esprit de Solidarité : La Voix de l’Afrique Centrale
Peut-être aucune voix au Conseil Plénier n’a capturé l’essence de PACEM de manière aussi simple et aussi puissante que celle du Père Lion Auxence Nguina, Supérieur du District de la République Centrafricaine.
Pour le Père Lion, PACEM représente « l’esprit de solidarité » — le signe que les missionnaires dans les coins les plus fragiles du monde ne sont pas seuls. La République Centrafricaine est marquée par les conflits, les déplacements et la pauvreté. Et pourtant, ses missionnaires poursuivent leur travail, souvent avec très peu de moyens.
Sa préoccupation la plus pressante est la santé — non pas de grandes infrastructures, mais quelque chose d’immédiat et d’humain : améliorer un centre de santé existant pour mieux servir la population locale. Une demande modeste, enracinée dans une connaissance profonde des besoins réels de son peuple.
“PACEM représente l’esprit de solidarité — et dans le secteur de la santé, nous avons le plus grand besoin. Nous voulons améliorer notre centre de santé existant pour mieux servir notre population.” Père Lion Auxence Nguina, SMA · Supérieur, District de la République Centrafricaine
La solidarité, nous rappelle l’Église, n’est pas un sentiment. C’est un engagement ferme envers le bien commun. PACEM est en train d’être construit pour le rendre possible.
Coordination, Compétence et Responsabilité
Le Père Fabian Gborstsu, Supérieur du District des Pays-Bas, a offert une lecture plus structurelle : « Une structure pour bien coordonner les projets. » Et puis la question plus difficile : « Est-ce que ceux qui dépensent l’argent sont compétents ? »
Le fait est que les bonnes intentions sans une bonne gestion font défaut aux communautés et érodent la confiance des donateurs. Les procédures de PACEM répondent directement à cela : les projets sont initiés par les unités elles-mêmes, passent par un examen du personnel, un audit du rapport qualité-prix, une approbation du conseil d’administration et un rapport d’exécution. Les coûts administratifs sont plafonnés, garantissant que la grande majorité des fonds est dirigée vers la mission.
Les valeurs institutionnelles ne sont pas décoratives : transparence, responsabilité et vérité. PACEM se rend comptable non seulement envers ceux qui donnent, mais aussi envers ceux qui reçoivent — un renversement du modèle caritatif habituel, et un modèle plus honnête.
Une Fondation pour la Mission, et non Malgré Elle
“C’est bien d’avoir une fondation comme celle-ci.” Père Jean-François Bergeron, SMA · Supérieur, District du Canada
La question du pourquoi d’une fondation et cette affirmation ne sont pas contradictoires. Elles font partie du même dialogue honnête que la direction missionnaire doit avoir — poser des questions difficiles, exiger des comptes, et s’engager finalement dans des structures qui servent la mission plus efficacement.
PACEM est jeune. Il a encore beaucoup à apprendre. Mais il est ancré dans quelque chose de solide : la Doctrine Sociale de l’Église, le témoignage de 160 ans de la SMA en Afrique, et l’esprit de solidarité que le Père Lion a si éloquemment nommé à Lagos.
Pourquoi une fondation ?
Parce que les pauvres méritent plus que notre compassion.
Ils méritent notre meilleure réflexion, nos structures les plus honnêtes,
et notre collaboration la plus fidèle.
C’est ce que PACEM est en train d’être construit pour offrir.
PACEM (Partenariat, Collaboration et Autonomisation dans la Mission) est la fondation de développement de la Société des Missions Africaines, établie à Rome en 2024. Elle soutient des projets sociaux et de développement à travers l’Afrique et au-delà, ancrée dans les principes de la Doctrine Sociale de l’Église Catholique.






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