Par Pierre-Paul Dossekpli
Conseil Plénier SMA, Lagos 2026, Jour 8
Le 15 mai 2026, le Pape Léon XIV signe son encyclique Magnifica Humanitas sur la dignité humaine à l’ère de l’intelligence artificielle. La date n’est pas un hasard : c’est le 135e anniversaire de Rerum Novarum, l’encyclique fondatrice de la Doctrine sociale de l’Église. En choisissant ce jour, Léon XIV tisse d’emblée la nouvelle corde dans le fil de l’ancienne.
Publiée le 25 mai, l’encyclique trouve un écho inattendu : à Lagos, la Société des Missions Africaines (SMA) tient son Conseil Plénier. Ce que le Pape dit au monde, la SMA est en train de le vivre à quelques kilomètres du golfe de Guinée.
Une encyclique pour une humanité à la croisée des chemins
« À l’ère de l’intelligence artificielle, où la dignité humaine risque d’être éclipsée par de nouvelles formes de déshumanisation, nous avons le devoir urgent de rester profondément humains. » (§15)
Le Pape structure sa réflexion autour de deux icônes bibliques : la tour de Babel, symbole de l’orgueil technocratique sans référence à Dieu, et la reconstruction des murs de Jérusalem par Néhémie, image d’une œuvre qui rétablit les liens avant de poser les pierres. Face aux grands défis de l’IA — concentration du pouvoir, esclavage invisible des travailleurs du numérique, désinformation, armes autonomes — il étend pour la première fois les principes de la Doctrine sociale aux données et aux algorithmes, désormais considérés comme des biens universels.
Lagos : là où l’encyclique prend chair
Lagos n’est pas un cadre neutre. L’Afrique abrite une part considérable des matières premières qui rendent possible l’économie numérique mondiale : le coltan et le cobalt de la République démocratique du Congo, le lithium du Zimbabwe et du Mali, la bauxite de Guinée, le manganèse du Gabon. Sans elles, pas de smartphones, pas de centres de données, pas d’intelligence artificielle.
Mais l’Afrique n’est pas qu’un réservoir. Magnifica Humanitas met en garde contre les intérêts particuliers qui concentrent le pouvoir et engendrent des conflits — on pense aux guerres qui ravagent certaines régions minières, alimentées par la compétition internationale pour ces ressources. La question posée à l’Afrique est donc celle de sa propre contribution au bien commun mondial : comment valoriser ces richesses au service de ses peuples et de l’humanité entière, plutôt que de les laisser devenir l’enjeu de rivalités qui la déchirent ?
C’est là que la SMA entre en scène. Présente depuis 170 ans sur ce continent, elle accompagne des communautés qui vivent ces contradictions au quotidien. En délibérant à Lagos, elle incarne ce que l’encyclique demande : une réflexion menée non pas sur l’Afrique, mais à partir d’elle.
Trois résonances
La solidarité, d’abord. Le Supérieur général, le Père François du Penhoat, rappelait à l’ouverture que « le but du Conseil Plénier est de promouvoir, dans un esprit de solidarité, la coopération entre entités ». C’est exactement ce que l’encyclique demande à la communauté internationale pour gouverner l’IA : que la puissance collective serve le bien commun, et non les intérêts particuliers.
Les tentations du pouvoir, ensuite. L’homélie d’ouverture nommait sans détour les pièges du leadership : manipuler derrière de beaux discours, chercher sa propre gloire, exclure ceux qu’on n’a pas choisis. La tour de Babel de l’encyclique, c’est la même tentation à l’échelle civilisationnelle. Dans une communauté religieuse comme dans une multinationale de la tech, le mécanisme est identique.
La conversion, enfin. « Cela exige la conversion de chaque confrère ainsi que de nos institutions », disait le Supérieur général. L’encyclique dit la même chose à l’humanité face à l’IA : il ne suffit pas de mieux réguler. Il faut un changement d’orientation fondamental, des cœurs et des structures à la fois.
Pour aller plus loin
La convergence n’était pas planifiée. Elle est organique, et c’est ce qui la rend éloquente. Le Conseil Plénier SMA à Lagos vit de l’intérieur ce que Magnifica Humanitas propose au monde : solidarité comme mode de gouvernance, subsidiarité comme architecture institutionnelle, résistance aux tentations du pouvoir, conversion simultanée des personnes et des structures. « C’est à l’extrémité de l’ancienne corde que se tisse la nouvelle », disait le Père du Penhoat. Léon XIV, en signant son texte le jour anniversaire de Rerum Novarum, a fait exactement cela.
Magnifica Humanitas est disponible sur le site du Vatican (www.vatican.va). Sa lecture est vivement recommandée à quiconque s’interroge sur ce que signifie rester humain à l’ère du numérique.






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