« Dieu nous prépare des choses que nous ne pouvons même pas imaginer »


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Rencontre avec Mgr François Gnonhossou, sma, Évêque de Dassa-Zoumé, à l’occasion du Conseil Plénier de la SMA

Par Pierre-Paul Dossekpli

Conseil Plenier SMA Lagos 2026

Trois cents kilomètres de route, la frontière Bénin-Nigeria, des barrages à répétition, des tronçons défoncés et les embouteillages de Lagos : Mgr François Gnonhossou, Évêque de Dassa-Zoumé, a bravé tout cela pour n’assister qu’une seule journée au Conseil Plénier de la SMA. Un déplacement qui dit l’essentiel sur l’homme et sur sa vision de la mission.

Un voyage épuisant pour une journée de joie fraternelle

Arrivé la veille au soir, reparti le lendemain matin : tel est l’agenda de Mgr François Gnonhossou pour ce Conseil Plénier de la SMA. Pourtant, quand on lui demande si ce déplacement n’est pas disproportionné, sa réponse fuse, calme et convaincue.

« Quand vous allez quelque part et que vous avez un intérêt pour quelque chose, vous allez traverser, braver toutes les épreuves pour y arriver. Jésus voulait sauver l’humanité, et la peine ne l’a pas arrêté. »

— Mgr François Gnonhossou

Pour lui, le Conseil Plénier n’est pas une réunion administrative parmi d’autres. C’est « le sanctuaire des décisions de la SMA » — un espace où des hommes venus de divers horizons se retrouvent pour s’écouter, partager leurs joies et leurs difficultés, et former ensemble une famille missionnaire.

Et la joie de ces retrouvailles est bien réelle. Dès son arrivée dans la salle, les souvenirs remontent, les accolades fusent. « L’argent n’achète pas ça », confie-t-il avec une simplicité désarmante. « Il n’y a que l’amour que nous avons les uns pour les autres qui nous permettent d’atteindre un certain niveau de joie. »

L’avion raté et l’évêché trouvé : une nomination façonnée par la Providence

Comment devient-on évêque ? Par nomination pontificale, certes. Mais Mgr Gnonhossou, lui, raconte une autre histoire — une histoire faite d’un quiproquo aérien, d’un vol raté et d’un rendez-vous mystérieux. Une histoire où Dieu, selon lui, a tout orchestré.

Tout commence lors d’une visite de mission en Côte d’Ivoire, alors qu’il est membre du Conseil Général de la SMA. Pour l’aller, il avait pris Air France — dont les vols décollent d’Abidjan en soirée. Mais pour le retour, l’économiste de la communauté avait réservé Ethiopian Airlines, moins cher. Or Ethiopian Airlines part en début d’après-midi — et non la nuit comme Air France. Ce changement n’avait pas été bien intégré. Quand il se présente à l’aéroport d’Abidjan à 19h, convaincu d’être dans les temps pour « son Air France de nuit », l’avion Ethiopian avait déjà décollé depuis plusieurs heures. Vol raté. Contraint de décaler son départ au lendemain, il rentre finalement à Rome avec plusieurs jours de retard. Le Conseil Général, perturbé, est reporté au 28 janvier.

Ce matin-là, à peine la réunion commencée, le secrétaire l’informe d’un appel téléphonique urgent. On lui demande de venir immédiatement à une adresse — sans lui dire pourquoi. Son supérieur, intrigué, l’accompagne jusqu’au métro en lui glissant qu’il faut « s’habiller comme une pleine personne » pour ce rendez-vous. Arrivé sur place, il a même oublié le nom de la personne qu’il est censé rencontrer.

« Jusque-là, je n’avais rien soupçonné. Je n’avais aucune idée de pourquoi on m’appelait. C’est seulement Dieu qui peut faire des choses comme ça — bien organisées et abouties — à mon insu. »

— Mgr François Gnonhossou

Ce rendez-vous, c’était la notification de sa nomination comme Évêque de Dassa-Zoumé. Une surprise totale. Il évoque aussi, sans s’y attarder, des moments où il s’était senti « un peu éloigné » de la SMA — une transparence rare pour un homme de sa fonction.

La leçon qu’il en tire est simple, et il la répète volontiers : « Il faut être obéissant et reconnaissant. La SMA ne m’a pas abandonné. Ça veut dire que je suis un membre et je compte pour la SMA. »

« Avons-nous vraiment tout quitté ?: la vérité dite aux pasteurs

En fin de journée, Mgr Gnonhossou préside l’Eucharistie de clôture du Conseil Plénier. Et dans son homélie — fondée sur la Première Lettre de Pierre et l’Évangile de Marc (Mc 10, 28-31) — il ne se contente pas d’édifier. Il interpelle, avec une franchise qui tranche dans ce genre de rassemblements institutionnels.

S’appuyant sur la sagesse du roi Salomon qui demande à Dieu non pas la richesse ou la gloire, mais « un cœur attentif pour gouverner et discerner », l’évêque fait du discernement le don fondamental pour tout responsable missionnaire. Non comme une vertu abstraite, mais comme une disposition quotidienne : chercher ce que Dieu attend, ajuster ses décisions à sa volonté.

« Le discernement est la quête permanente de la volonté de Dieu avec le souci constant de la fidélité à la mission. C’est le moyen sûr pour porter toute responsabilité à son accomplissement. »

— Homélie du 26 mai 2026

Mais c’est sur un autre point que le ton se fait le plus acéré. Face au Conseil Général et aux Supérieurs d’entité, l’évêque dit sans détour : « Plus d’un parmi nous, au lieu d’être des pasteurs de ceux vers qui nous sommes envoyés, passe le temps à se faire de la richesse personnelle au détriment des âmes confiées à nos soins. » Il distingue deux types de pasteurs : ceux animés par l’amour de la mission, et ceux « peu engagés et peu portés au bien-être des pauvres ».

Puis il pose la question centrale, directement tirée de l’Évangile du jour : « Pouvons-nous vraiment dire à l’instar de l’Apôtre Pierre : ‘Voici que nous avons tout quitté pour te suivre’ ? » Avant d’ajouter, sans ménagement : « Dieu sait la vérité de notre vocation. »

Ce qui rend cette homélie remarquable, c’est qu’elle fait écho mot pour mot à ce que l’évêque avait dit en confidence quelques heures plus tôt. En interview, il avait mis en garde contre la tentation de « venir à la SMA pour devenir supérieur, pour aller aux études ». À l’ambon, il le redit, à voix haute, devant tous les responsables. Un homme dont la parole privée et la parole publique se rejoignent.

L’Afrique comme terre de sanctification : un appel aux missionnaires africains

Interrogé sur son message aux confrères SMA engagés sur le continent africain, Mgr Gnonhossou ne bâtit pas sa réponse sur des statistiques ou des programmes. Il parle d’amour.

« La mission SMA à son début est orientée vers l’Afrique, pour faire passer le message de salut. Si vous n’aimez pas cette mission en Afrique, qui va l’aimer ? Les saints n’ont pas été sanctifiés dans leur pays. C’est là que se vit la vraie sanctification. »

— Mgr François Gnonhossou

À ceux qui seraient tentés de rentrer dans leur pays ou de rechercher des postes confortables, il rappelle que la SMA, dans son essence même, est une société de mobilité et d’envoi. « Nous sommes maintenant le relais », dit-il, en référence aux missionnaires européens qui ont jadis apporté la Bonne Nouvelle sur le continent. Aux Africains, désormais, de porter le flambeau.

Il tient aussi à exprimer sa gratitude envers la SMA tout entière — « une famille, une entité unique composée de divers » — avant de saluer plus particulièrement le soutien concret des provinces irlandaise, américaine et canadienne dans son diocèse de Dassa-Zoumé, un diocèse qui compte encore de nombreuses zones de première évangélisation et qui manque de ressources. « Il me manque parfois un simple ‘comment ça va ?’ », dit-il, avec une pointe de mélancolie, plaidant pour une solidarité plus attentive entre membres de la même famille missionnaire.

Ces mots de Mgr Gnonhossou font écho, à travers le temps, à une parole du fondateur de la SMA, Melchior de Marion Brésillac, adressée à ses premiers compagnons missionnaires :

« Mon travail perdurera tant qu’il y aura la volonté de le poursuivre, et c’est vous qui incarnerez cette volonté. »

— Melchior de Marion Brésillac, fondateur de la SMA

Mgr François Gnonhossou, sma, est Évêque du diocèse de Dassa-Zoumé (Bénin). Nommé évêque à l’issue de son mandat au Conseil Général de la SMA, il était chargé de la formation en Afrique. Cette interview a été réalisée en marge du Conseil Plénier de la SMA, le 26 mai 2026.

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