Retour de Cap Palmas…

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Retour de Cap Palmas…
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P1030883.articleComme prévu, nous avons fêté la fin de l’année 2017 en la paroisse de St Mulumba, banlieue de Monrovia. Une messe de clôture à l’animation style messe de Noël puissance 4 ! Le curé, à la voix puissante et soutenue par une sono saturée, harangue son assemblée à la manière des pasteurs évangéliques. Placé près des baffles, j’en avais mal aux oreilles.

A minuit pétante, une clameur : happy new year, les enfants de chœurs se jettent sur les clochettes et les agitent frénétiquement, les fidèles sortent des bancs souhaitent bonne année à leur voisin dans une pagaille sympathique et une fraternité communicative. Le lendemain, j’ai préféré accompagner mon compagnon de voyage dans une petite chapelle près de la plage et j’ai bien fait car la messe à la paroisse a duré près de quatre heures avec la même énergie déployée par le curé.

Notre dernière étape, Cap Palmas, est un lieu mythique pour moi, car j’y suis allé en 1971 alors que nous étions coopérants en Côte-d’Ivoire. En vacances à Tabou, nous avions franchi le fleuve Cavali et atteint la paroisse de Cap Palmas. J’avoue que je n’ai rien reconnu à l’exception de la plage et de la mer !

Cap Palmas (Harper, la ville) est d’accès très, très difficile à cause de l’état de la route, il nous aurait fallu 2 jours de cassage de dos pour atteindre ce lieu. Il nous a été conseillé de prendre l’avion. Premier départ, ratage… nous n’étions pas sur la liste, soi-disant que l’on aurait dû confirmer notre voyage alors qu’il avait été enregistré et payé d’avance ! Retour à la maison, programme légèrement changé. Nouvelle tentative deux jours plus tard, pas de problème, il faut dire que ce jour-là, il y avait moins de monde. Pour embarquer dans un vol intérieur nous devons passer par l’immigration, il a fallu trois techniciens de l’immigration pour comprendre nos passeports et surtout nos visas. A chaque fois, ils prétendent que nous ne sommes pas à jour. Je les soupçonne d’essayer de tirer un peu d’argent cherchant l’infraction. Hélas pour eux, ils n’ont rien gagné, ni au départ, ni au retour.

Pour l’envol, nous sommes 9 passager avec le pilote, qui, quelques minutes auparavant, nous remplissait la feuille d’embarquement, nous pesait ainsi que nos bagages. Il faut dire que c’est un petit coucou et mieux vaut ne pas dépasser le poids de sécurité.

Une fois dans l’avion, notre steward d’accueil chausse ses galons de pilote, nous donne les consignes de sécurité et nous invite à la prière. Un non-croyant pourrait se dire : il a tellement peu confiance en son avion qu’il s’en remet à Dieu… Alors nous sommes fichus !.

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Le petit avion s’avance sur la piste bitumée avec des craquements sinistres du plancher, rien de tel pour augmenter l’inquiétude du non-croyant. Mais une fois lancé, notre oiseau s’élève rapidement dans le ciel nous dévoilant Monrovia sous un autre jour. Une heure quarante de vol dans un ronron régulier qui nous pousse à dormir à 10 000 pieds au-dessus de la mer.

Atterrissage sur une piste en terre qui longe des cases où s’amusent les enfants. Trois personnes, surveillent la piste afin qu’elle soit dégagée pour l’atterrissage.

L’abbé Joseph, curé de la cathédrale venu nous chercher, nous conduit à la maison de l’évêque qui surplombe la piste. Accueil chaleureux, repas de princes, mais il nous faut bien ça car un voyage de 5 heures sur une horrible piste nous attend en guise de digestif ! J’ai craint un instant que nous retournions sur Monrovia par la piste ! En fait nous nous rendons à Sasstown où vit un de nos confrères, tout jeune ordonné qui se retrouve à la tête d’une mission perdue dans la forêt car son curé, a dû être hospitalisé au Kenya. Une vraie vie de missionnaire coupé de tout. La guerre et Ébola ont vraiment mis à mal cette région. Il n’y a que ruines de grandes bâtisses laissant voir que la région avait été prospère, mais depuis, ceux qui ont fui, ne sont pas revenus.

Quel plaisir de voir de jeunes missionnaires joyeux alors que les conditions ne sont pas idéales, pas de frigo, riz – poisson comme nourriture quotidienne (cela m’arrange, j’aime beaucoup le poisson grillé). Le lendemain, nous nous mettons en route pour Betou un petit village que l’on ne peut aborder qu’en pirogue. Beaucoup d’émotions car c’est ce village qui a accueilli les tout premiers missionnaires sma au Liberia. Nous avons pris l’unique et minuscule pirogue sans doute comme ces pionniers. Le village a lui aussi été déserté en partie pendant la guerre, il n’y a plus qu’une poignée de villageois qui nous accueillent, fiers de nous montrer leur église toute neuve, derrières se trouvent les ruines de l’ancienne et le presbytère lui-même en ruine est occupé par les cabris et les vachettes de lagune.

Nous avons passé dimanche en compagnie de notre frère Moïse, le jeune missionnaire qui est assisté d’un diacre diocésain en stage chez lui.

Harper, est notre dernière destination, nous avons interviewé plusieurs personnes, entre autres le jeune évêque Mgr Andrew, fort sympathique qui nous a emmené en visite pastorale dans un petit village, toujours par de très belle pistes tortueuses et défoncées.

Aujourd’hui 11 janvier, nous voici de retour à Monrovia par le petit avion avec une escale à Grandesse. Au départ, nous n’étions que tous les deux plus le pilote. Joseph Guvvala a pris la place et a tenu le rôle du co-pilote pendant la première partie du voyage. Ensuite, c’est un jeune américain qui l’a remplacé.

Nous voici donc au terme de ce séjour. On se rend compte que le pays a pris beaucoup de retard avec la guerre, il y a nécessité de reconstruire les infrastructures, Ébola est venu dessus mettre en échec les premiers pas de la reconstruction. Beaucoup ont quitté leur région pour se réfugier à Monrovia ou aux Etats-Unis, laissant des villages dépérir. Difficile de se lancer dans les plantations et autres productions à cause de l’état des routes. Le pays est en train de goudronner les grands axes mais c’est long, très long, trop long pour la population qui désespère de l’avenir.

Beaucoup d’images, de visages se bousculent dans ma tête, heureusement, les photos me permettent de mettre un peu d’ordre dans mes souvenirs.

Comme image de conclusion, je voudrais vous donner celle de ce pieu planté en terre pour servir de support à la cloche de l’église de Sasstown et qui, aujourd’hui, reprend racine, une jeune pousse sort de ce bois qui semblait mort. Ce sera long pour qu’il devienne un arbre, mais la vie est plus forte que la mort.

 

Gerard Sagnol, sma

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