Lyon, Guillotière. Dimanche 4 octobre, l’église Notre-Dame Saint-Louis a accueilli une célébration particulière : la consécration d’un nouvel autel abritant désormais les reliques du bienheureux Antoine Chevrier. Un geste symbolique, au cœur de l’Année Antoine Chevrier, qui souligne l’influence durable du fondateur du Prado sur la vie spirituelle lyonnaise… mais aussi sur l’histoire missionnaire de la Société des Missions Africaines (SMA).
Un hommage qui dépasse la simple commémoration
Autour de Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon, plusieurs membres de la SMA étaient présents, dont Mgr Michel Cartatéguy, archevêque émérite de Niamey. Leur participation ne relevait pas d’une courtoisie institutionnelle : elle rappelait un lien ancien, profond, entre la spiritualité de Chevrier et la vocation missionnaire de figures majeures de la SMA. Pendant quatre jours, du 1er au 4 octobre, la paroisse du Bienheureux Antoine Chevrier avait organisé une série d’événements, dont le transfert solennel des reliques depuis la chapelle du Prado. Une manière de replacer Chevrier au cœur de la mémoire lyonnaise.
Antoine Chevrier, un prêtre façonné par la pauvreté
Né à Lyon en 1826, ordonné en 1850, Antoine Chevrier découvre à la Guillotière une misère sociale et spirituelle qui transforme son ministère. La nuit de Noël 1856 marque un tournant : devant la crèche, il comprend que sa vie doit être donnée aux plus pauvres. En 1860, il rachète une ancienne salle de bal, le Prado, qu’il convertit en lieu d’accueil, d’éducation et de catéchèse. Ce qui n’était qu’une initiative locale devient progressivement une véritable famille spirituelle centrée sur un principe simple : « suivre Jésus pauvre ».
Quand le Prado inspire des vocations missionnaires
Dans les années 1870, plusieurs jeunes passés par le Prado sont profondément marqués par Chevrier. Parmi eux, un nom s’impose : Paul Pellet. Entré au Prado à 12 ans, il y reçoit une formation qui le marquera toute sa vie. « J’ai été élevé par un saint », confiera-t-il plus tard. Après ses études au petit séminaire de La Côte-Saint-André, il rejoint les Missions Africaines en 1880, est ordonné en 1883, puis devient évêque de Lagos en 1895. Une trajectoire qui illustre la fécondité spirituelle du Prado. Paul Pellet n’est pas un cas isolé. Étienne Pellet, Joseph Fugier, Camille Bel, Pierre Piolat ou encore Joseph Pellat suivront eux aussi la voie missionnaire. Pour cette génération, le Prado a été un terreau décisif.
Chevrier et Planque : une proximité lyonnaise
Le lien entre Chevrier et la SMA ne se limite pas à l’influence sur quelques vocations. Il s’inscrit aussi dans une proximité historique. Antoine Chevrier et Augustin Planque, premier supérieur général de la SMA, ont exercé leur ministère dans le même environnement ecclésial lyonnais au XIXᵉ siècle. Aucune correspondance ne permet d’affirmer une collaboration directe, mais leur présence dans le même quartier, leur engagement auprès des plus pauvres et leur vision missionnaire convergente rendent plausible qu’ils aient échangé ou se soient rencontrés.
Deux visions, une même passion missionnaire
Chevrier voulait former des prêtres capables de vivre au milieu des pauvres. Planque, lui, envoyait des missionnaires en Afrique pour annoncer l’Évangile dans des contextes difficiles. Leurs chemins institutionnels différaient, mais leur intuition spirituelle était proche : servir ceux qui ont le moins, et former des prêtres capables de donner leur vie pour la mission. Aujourd’hui encore, le Prado et la SMA demeurent implantés dans le même quartier de la Guillotière, témoignant d’une continuité historique et spirituelle.
Une présence qui prend tout son sens
La participation de la SMA à la célébration du 4 octobre portait trois significations : Mémoire : rappeler que Chevrier a inspiré des vocations missionnaires qui ont marqué l’histoire de la SMA. Reconnaissance : saluer une spiritualité née dans un quartier populaire de Lyon et devenue source de vocations internationales. Espérance : affirmer que la mission se transmet de génération en génération, souvent dans la discrétion des rencontres et des parcours personnels.
Un héritage qui continue de vivre
L’histoire de Paul Pellet résume ce lien : un enfant du Prado devient missionnaire, puis évêque en Afrique. Ainsi, une œuvre née dans une ancienne salle de danse de la Guillotière se trouve indirectement reliée à l’évangélisation du Nigeria et de la Gold Coast. En déposant les reliques d’Antoine Chevrier sur le nouvel autel, l’Église de Lyon rappelle que son héritage ne relève pas seulement du passé. Il continue d’inspirer des hommes et des femmes engagés dans la mission. « Suivre Jésus pauvre » : un appel né à Lyon, mais dont la portée dépasse largement les frontières de la ville.






Laisser un commentaire