Aujourd’hui, à la paroisse « Bom Pastor » de Kicolo, Sebastião Moniz a été ordonné prêtre par l’imposition des mains de Mgr Maurício Agostinho Camuto, C.S.Sp.
Il devient ainsi le premier prêtre angolais de la Société des Missions Africaines (SMA).
Le chemin qui l’a conduit à l’autel n’a pas commencé au séminaire. Il a débuté bien plus tôt et, pendant un temps, semblait prendre une tout autre direction.
Le P. Sebastião est le deuxième d’une fratrie de huit enfants : trois filles et cinq garçons, et le premier garçon de la famille. Ses deux parents étaient enseignants et, dès leur plus jeune âge, ils ont inculqué à leurs enfants l’importance de l’appartenance à l’Église.
Bien avant d’imaginer devenir prêtre, le P. Sebastião jouait déjà à l’être. Après la messe, il réunissait ses jeunes frères et sœurs, leur donnait des biscuits et imitait le prêtre. À l’aide d’une version abrégée du catéchisme, il leur enseignait le déroulement de la messe.
Avec le recul, il perçoit ces moments de son enfance différemment.
« Je dirais que c’est là que tout a commencé. »
Pourtant, en grandissant, ses projets d’avenir n’étaient pas tournés vers la prêtrise.
Après le lycée, le P. Sebastião commença à enseigner dans une école primaire tout en économisant pour poursuivre ses études universitaires. C’était un jeune homme plein de rêves et d’ambitions, qui commençait à construire son avenir professionnel.
Puis, comme il le dit lui-même, l’appel à la prêtrise « se fit plus pressant ». Il n’y répondit pas immédiatement.
Bien qu’ayant grandi dans l’Église, le P. Sebastião décida, pendant un temps, de prendre ses distances avec la vie paroissiale. Pendant un certain temps, il ne participait plus aux activités de l’Église. Il se concentrait sur son avenir : quelles études choisir, quelle carrière embrasser, où vivre et comment construire sa vie. Un soir, en rentrant de l’école, il croisa un ancien ami de son groupe d’enfants de chœur. Après avoir discuté un moment, son ami lui adressa une phrase qui allait changer le cours de sa vie :
« Sébastien, tu m’as laissé seul. J’ai besoin de toi dans le groupe. Le groupe t’attend !»
Ces mots simples prirent pour le P. Sébastien, une tout autre dimension. Il décrit cette rencontre comme sa propre « expérience de Damas ». Les paroles de son ami, lui rappelait qu’il n’avait pas seulement quitté un groupe ; mais qu’il s’était aussi éloigné de Dieu et de la communauté de l’Église.
Et c’est ainsi qu’il retourna à l’Église.
Il s’impliqua dans les activités de l’Église, prit des responsabilités, participa à des formations et redécouvrit peu à peu la vie de l’Église. Plus tard, il commença à discerner plus sérieusement sa vocation sacerdotale. Avec le recul, il considère cette rencontre comme un moment décisif dans une vocation qui l’habitait discrètement depuis l’enfance. Son retour à la vie paroissiale a également éveillé en lui un désir plus profond de servir. Dans la station secondaire, le P. Sebastião remarqua que de nombreuses personnes avaient une connaissance insuffisante de la foi et de ce que signifiait appartenir à l’Église. Il voulait aider.
Alors qu’il suivait lui-même les cours de préparation à la Confirmation, il commença à aider un catéchiste à enseigner aux enfants qui se préparaient au Baptême et à la Première Communion. Parfois, le samedi, il enseignait aux enfants pendant deux heures avant de se rendre lui-même à son cours de Confirmation.
Quelque chose commença progressivement à changer. Son souci dépassa les limites de sa propre communauté. Il commença à penser aux personnes d’autres régions de sa province, puis au-delà de sa province et, finalement, au-delà de l’Angola.
« J’ai commencé à ressentir le désir d’aller vers les autres et de partager ce que j’avais entendu et ce que j’avais appris de Jésus. »
C’est là que le P. Sébastien commença à découvrir la dimension missionnaire de sa vocation.
Il ne voulait pas simplement servir dans les limites de la communauté qu’il connaissait. Il se sentait attiré par une Église qui va vers les autres, qui franchit les frontières et qui apporte l’Évangile aux personnes, où qu’elles se trouvent.
Lorsqu’on lui demande pourquoi il a choisi la Société des Missions Africaines, le P. Sébastien donne une réponse caractéristique, pleine de légèreté :
« J’ai choisi la SMA parce que j’aime voyager. »
Il y a de l’humour dans cette réponse, mais aussi une part de vérité.
Il voulait aller au-delà de ce qui lui était familier, pas seulement sur le plan géographique, mais aussi culturel et humain.
Dans la SMA, il a découvert une famille missionnaire et une identité qui ont donné une direction au désir qui grandissait déjà en lui.
« J’ai découvert une famille et une identité missionnaire qui ont donné une direction à ce désir. »
La formation lui a ensuite appris que la vocation n’exige pas de cesser de rêver. Elle demande plutôt que les rêves soient transformés et mis au service de quelque chose de plus grand.
« La SMA m’a appris à rêver au-delà de moi-même, au-delà de mon pays et au-delà de ma réalité immédiate. »
L’un des premiers grands défis de sa formation fut tout simplement d’apprendre à quitter son foyer. Bien que le P. Sébastien ait toujours rêvé de découvrir de nouveaux endroits, quitter réellement l’Angola était différent.
Lorsqu’il arriva au séminaire pour commencer ses études philosophiques, loin de la maison de ses parents, de son quartier et de sa province, il regarda le prêtre qui l’y avait conduit repartir.
« À ce moment-là, j’ai eu l’impression qu’une partie de moi était morte. »
Il comprit soudain le prix à payer pour laisser derrière soi le monde que l’on connaît.
Pourtant, ce qui avait d’abord ressemblé à une perte devint une préparation.
Le séminaire réunissait de jeunes hommes provenant de différents diocèses et de différents milieux, lui apprenant à vivre avec des personnes différentes de lui. Ce fut une première leçon d’interculturalité qui allait devenir plus tard un élément essentiel de sa vie missionnaire.
Plus tard, une autre période difficile lui enseigna une autre leçon.
Vers la fin de sa formation initiale, il fut invité à regarder plus profondément en lui-même, à affronter certains aspects de sa personnalité et à accepter de changer. Il connut également le parcours inhabituel de deux années de diaconat avant le sacerdoce.
« Cette expérience m’a appris à me laisser transformer. »
Ces expériences, il en est aujourd’hui convaincu, étaient nécessaires.
Le P. Sébastien est clair : sa vocation n’a jamais été un chemin qu’il a parcouru seul. Ses parents furent parmi ses premiers compagnons de route.
Sa mère continua à prier pour lui durant les années où il s’était éloigné de l’Église. Son père eut d’abord du mal à accepter sa décision d’entrer au séminaire et lui répondit simplement : « Non. »
Finalement, après avoir parlé avec le prêtre responsable à l’époque, son père lui dit qu’il était suffisamment âgé pour prendre ses propres décisions et que, si c’était ce qu’il voulait, il était libre de partir.
Aujourd’hui, son père est l’une des personnes dont le P. Sébastien apprécie le plus les conseils lorsque les difficultés se présentent.
Il y a ensuite Simão Abel, son ancien compagnon du groupe des servants d’autel, dont la simple invitation: « Le groupe t’attend ! », l’a aidé à revenir.
Simão a ensuite commencé lui aussi son parcours avec la SMA, même si son chemin a finalement pris une autre direction. Il est toutefois resté un ami fidèle et un rappel constant du choix que le P. Sébastien avait fait.
Le P. Sébastien se souvient également avec gratitude des prêtres de la SMA qui ont servi dans sa paroisse : le P. Renzo, le P. Luigino, qui l’a baptisé, le P. Angelo, le P. Ceferino, qui lui a donné sa Première Communion, et le P. Jacques-Alain, qui était son curé lorsqu’il a commencé son parcours vocationnel.
Leur vie lui a donné une image concrète du sacerdoce missionnaire.
Parmi eux, le P. Ceferino Miguel Cainelli, SMA, occupe une place particulièrement importante. C’est lui qui a accueilli le P. Sébastien dans la SMA en 2015.
Mais il a fait plus que lui ouvrir la porte. Il a cru en lui.
« Pour moi, il a été un père, un guide spirituel, un frère et un bon ami. »
Pour le P. Sébastien, il arrive qu’une vocation ait besoin de quelqu’un capable de voir en vous quelque chose que vous-même n’êtes pas encore pleinement capable de voir.
« Le P. Ceferino a été l’une de ces personnes pour moi. »
Deux moments se distinguent particulièrement dans sa formation : son premier Serment temporaire en juin 2020 et son Serment perpétuel.
Le premier eut lieu dans le contexte d’incertitude de la pandémie de COVID-19. Seul Angolais à achever l’Année spirituelle dans son groupe, le P. Sébastien prononça son engagement lors d’une célébration très restreinte.
Pourtant, au milieu de cette incertitude, il fit l’expérience d’une joie extraordinaire.
Cette préparation lui permit également d’entrer plus profondément dans l’esprit et les écrits du Fondateur, Mgr Melchior de Marion Brésillac, et de découvrir ce que signifiait appartenir à une famille missionnaire dont les membres peuvent être issus de cultures, de langues et de milieux différents.
Son Serment perpétuel eut une signification encore plus profonde. Il apportait une réponse à une question qui était restée longtemps dans son cœur :
« Peut-il sortir quelque chose de bon de l’Angola pour la SMA ? »
Sa réponse fut exprimée à travers son engagement définitif dans la SMA. Un Angolais ayant grandi dans une Église qui avait reçu des missionnaires devenait désormais lui-même, de manière permanente, membre d’une famille missionnaire. Ce fut pour lui à la fois un acte de gratitude et une réponse.
Aujourd’hui, en tant que prêtre sma nouvellement ordonné, le P. Sébastien ne considère pas qu’il laisse l’Angola derrière lui. Il porte une part de l’Angola avec lui.
Il parle du rythme, du mouvement, de la danse et du rire de son peuple, mais aussi de sa générosité, de sa résilience, de son unité et de son profond sens de la communauté.
« J’apporte avec moi un certain rythme, le mouvement et la danse, mais aussi le rire. »
Mais ce qu’il porte peut-être le plus profondément est le sens de la famille qu’il a appris chez lui.
« Pour nous, la foi n’est pas simplement quelque chose qui se vit individuellement ; c’est quelque chose qui se célèbre et se vit ensemble. »
En même temps, il comprend qu’être missionnaire signifie également être disposé à recevoir. Il ne veut pas aller vers les personnes simplement comme quelqu’un qui aurait quelque chose à leur enseigner.
Il veut écouter :
« Je veux apprendre à écouter avant de parler, à recevoir avant de donner. »
Pour le P. Sébastien, la mission est une rencontre dans laquelle le missionnaire et les personnes qu’il sert sont tous deux transformés.
Aujourd’hui, le chemin qui avait commencé avec un enfant imitant le prêtre après la messe entre dans une nouvelle étape.
Le jeune homme qui s’était autrefois éloigné de l’Église, qui s’interrogeait sur son avenir, qui y était revenu parce qu’un ami lui avait dit que « le groupe t’attend », est désormais prêtre.
Mais le P. Sébastien ne considère pas le sacerdoce comme la conclusion de sa formation.
Il veut servir les pauvres et les personnes abandonnées, marcher avec les gens dans leurs joies et leurs difficultés, et être présent non seulement lorsque les personnes viennent à l’Église pour célébrer, mais aussi lorsque la vie devient difficile.
« Je veux être un prêtre qui soit présent aux personnes. »
Il a identifié cinq responsabilités qu’il souhaite prendre particulièrement au sérieux : rester fidèle au Christ, être disponible pour les personnes, devenir un instrument de pardon et de réconciliation, rester fidèle à sa vocation missionnaire et rester fidèle à la SMA et à son identité missionnaire.
Mais toutes ces responsabilités commencent par une conviction fondamentale :
« Avant d’être prêtre, je suis un disciple. »
C’est peut-être la manière la plus simple de comprendre le prêtre que le P. Sébastien souhaite être.
Un disciple qui demeure proche du Christ.
Un missionnaire prêt à aller là où il sera envoyé.
Un prêtre disposé à écouter avant de parler et à recevoir avant de donner.
Et, peut-être plus important encore, un homme dont la vocation pourra aider un autre jeune Angolais à croire que son propre appel est possible.
Car parfois, une vocation commence par quelque chose d’aussi simple que la parole d’un ami :
« Le groupe t’attend. »
Et parfois, des années plus tard, cette simple parole conduit jusqu’à l’autel.
Brice Ulrich AFFERI






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