Partout dans le monde la guerre de l’immigration bat son plein. De l’Afrique du Sud aux États-Unis en passant par l’Europe, une guerre sans merci est engagée contre l’immigration. Le plus sacrifié dans cette guerre, encore une fois, c’est l’homme. Des familles, des hommes, des femmes, des enfants sont soumis à des violences cruelles pour la simple raison qu’ils sont des sans-papiers. Ce sont des hommes que le système ne reconnaît pas. Ce sont des existences que le système n’a pas certifiées. Ce sont des hommes en trop.
Au fait, derrière cette guerre de l’immigration se pose la problématique de toute une existence réduite à la nécessité d’une certification. C’est la réalité d’une existence qui ne tient qu’à un bout de papier. Une existence non certifiée est inexistante.
Pour exister, il faudrait aujourd’hui en avoir le droit. Un droit que détient exclusivement une administration, un pouvoir, un système. Je suis parce qu’un tampon le certifie. Je suis parce qu’une signature l’atteste. Je suis parce que la machine administrative le reconnaît. On est vraiment très loin du « je pense donc je suis » de Descartes. De l’extrait de naissance au titre de séjour, l’existence doit pouvoir être reconnue, attestée pour qu’elle ait du sens. Le sens de l’existence n’est plus ontologique, il est tout simplement devenu mécanique, fonctionnel. On est vraiment très loin du « l’homme est le berger de l’être » de Heidegger.
C’est pourquoi, la guerre de l’immigration n’est pas tellement la guerre de l’homme contre l’homme, mais la guerre de la machine administrative contre l’homme. C’est la guerre de l’éthique contre la technique. L’homme, ce n’est plus ce visage qui me parle, m’interpelle, m’humanise, me responsabilise au sens lévinassien du terme.
L’homme, c’est tout simplement des traits, des caractéristiques biométriques, qui doivent pouvoir matcher avec un système, qu’on doit pouvoir retrouver dans une base de données. Ne pas y être, c’est ne pas exister tout simplement.
Donald ZAGORE






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