« Servir, non être servi »


Posted on :

Quand le temps ordinaire rappelle l’essentiel du leadership missionnaire

Par Pierre-Paul Dossekpli

Conseil Plenier SMA, Lagos 2026

Ce soir, le 27 mai 2026, à 18 h, la célébration eucharistique du conseil plénier a revêtu la couleur verte du temps ordinaire. Une transition liturgique discrète, mais chargée de sens pour les participants. L’évangile proclamé était celui de Marc (10, 32-45) : Jacques et Jean, fils de Zébédée, réclament à Jésus les premières places dans sa gloire. Sa réponse recentre tout : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous. »

Une parole tombée au bon moment. Le Conseil plénier SMA 2026 tourne en effet autour de cinq thèmes majeurs, dont celui de la bonne gouvernance et la synodalité. Et l’évangile du jour en a fourni, d’emblée, la clé de lecture spirituelle.

L’ordinaire qui n’a rien d’ordinaire

Fr Robbin Kamemba, supérieur provincial du Kenya, avoue avoir été pris de court en arrivant à la chapelle : « C’est comme si ma tête n’était pas là quand je suis arrivé ; j’ai été surpris de la voir. » Mais il a vite fait le lien avec le travail en cours : « Le temps ordinaire, comme le vert nous le dit, c’est le temps d’espérance, c’est le temps d’attente. Mais en étant en conseil plénier, on sait que tout n’est pas à l’ordinaire. On ne doit pas tomber à l’ordinaire, même si on est en temps ordinaire. »

Pour lui, le vert dit quelque chose de profond sur ce moment de l’histoire de la Société : « Le vert, c’est la couleur de l’espérance, c’est la couleur des feuilles qui germent… Le travail que nous sommes en train de faire va nous mener vers cette espérance. »

Le service : agenda premier du missionnaire

Fr Malachy, supérieur provincial d’Irlande, va droit au cœur : « C’est une question d’humilité et de service — c’est notre vocation. En tant que missionnaires, cela a toujours été notre priorité absolue. Nous sommes venus pour servir. Pour apporter l’Évangile à la culture locale. »

Avec une franchise teintée d’humour, il évoque la tentation inverse : celle de se croire le « oga » — le chef — et d’attendre que les autres s’occupent de vous. « Nous venons pour servir les gens, pas pour être servis. Vraiment, celui qu’il nous faut, c’est celui qui est prêt à servir — pas celui qui veut s’asseoir sur son fauteuil en disant : ‘Je suis le chef, venez me servir.’ »

Et il conclut simplement : « Servir, c’est l’essentiel. »

La mission dans les petites choses de chaque jour

Fr Ceferino Cainelli, supérieur de la province d’Italie, qui a travaillé au sein de l’équipe chargée du thème « Bonne gouvernance et synodalité », relie directement la célébration au cœur du conseil : « On vient de célébrer l’Eucharistie, on commence le temps ordinaire. Dans le contexte de ce conseil plénier, cela nous rappelle que la mission, on la vit dans le quotidien de notre vie, en cherchant de vivre notre ministère en tant que service dans les petites choses de chaque jour. »

Il précise ce que cela implique pour ceux qui exercent une responsabilité : « Le Seigneur nous appelle à devenir ses serviteurs, en exerçant notre responsabilité et notre leadership comme un service aux confrères, un service à la mission que le Seigneur nous a confiée et le service de l’Église dans laquelle nous sommes. »

Et il offre cette conviction comme boussole : « Vivre l’Évangile dans les petites choses de chaque jour, c’est l’expression, je pense, la plus fidèle à l’Évangile de Jésus-Christ. »

Une gouvernance à la mesure de l’Évangile

Ce que ces trois voix disent ensemble, la récente encyclique du pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, le formule comme principe de foi. Sur la gouvernance dans l’Église, elle rappelle que : « la subsidiarité devient un critère de gouvernement et de vie pastorale qui reconnaît et soutient la responsabilité des fidèles et des instances ecclésiales intermédiaires, valorise les charismes et les compétences et évite tout paternalisme qui étouffe la liberté évangélique » (Magnifica Humanitas, n. 87).

Loin d’être une question purement organisationnelle, la bonne gouvernance est donc, dans la tradition catholique, à la fois spirituelle et concrète : une autorité vécue comme service, des décisions guidées par la subsidiarité et la synodalité, au service de la communion et de la mission. L’évangile de ce soir en a été, une fois de plus, le plus beau résumé.

NB : Le temps ordinaire a repris depuis le lundi 25 mai, après le dimanche de Pentecôte. C’est cependant seulement ce soir que les vêtements verts ont été portés, les célébrations des jours précédents ayant requis le blanc.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *