Former des missionnaires pour le monde contemporain


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« Ce qui est écrit sur l’étiquette doit correspondre à ce qu’il y a à l’intérieur »

Par Pierre-Paul Dossekpli

Conseil Plenier SMA, Lagos 2026

Lors du Conseil plénier 2026, la formation était au cœur des échanges. Dans un monde façonné par la technologie, l’évolution de la charité et un paysage missionnaire toujours plus complexe, comment la SMA s’assure-t-elle de former non seulement des prêtres, mais de véritables missionnaires ?

SMA Médias a rencontré trois membres du Conseil pour un entretien. Le P. Damian Bresnahan, Vicaire général de la SMA ; le P. Dominik Waclaw, Supérieur provincial de Pologne ; et le P. Dennis Etti, Directeur de la Fondation PACEM, ont chacun partagé leurs espérances, leurs convictions et leurs défis.

Leurs réflexions s’inscrivent dans un moment de véritable élan : la SMA compte actuellement 454 jeunes en formation provenant de quelque 25 pays — un chiffre appelé à croître encore l’année prochaine. Ensemble, leurs voix offrent un regard à la fois lucide et inspirant sur ce que signifie former un prêtre missionnaire aujourd’hui.

Missionnaire, et pas seulement prêtre

Le P. Damian Bresnahan donne le ton d’emblée, avec clarté. La SMA ne forme pas simplement des ministres ordonnés — elle forme des hommes prêts à donner leur vie entière à la mission.

« Notre fondateur ne parlait pas seulement du sacerdoce — il parlait de la vie missionnaire. Et c’est l’appel pour chacun d’entre nous. »

Cette distinction est fondamentale. Pour le P. Damian, la vocation missionnaire est un appel spécifique — qui doit être discerné avec honnêteté dès le début.

« Ce que nous voulons, c’est accueillir des jeunes hommes qui veulent donner leur vie à la vie missionnaire. »

Mais le recrutement n’est que le début. Pour le P. Damian, ce qui définit vraiment un missionnaire, c’est une vie enracinée dans la prière.

« Nous formons des hommes de prière — pour la mission, pour la mission. Comme l’a dit un grand-père lors de l’ordination de son petit-fils au Bénin : “Maintenant, mon petit-fils, tu es considéré comme un homme de prière. Sois toujours un homme de prière.” »

Cette identité missionnaire doit être cultivée dès les premiers stades. La pré-formation — la période qui précède même l’entrée au séminaire — n’est pas une simple formalité. « Connaître les personnes que nous accueillons dans nos communautés est très important, » souligne le P. Damian. « Ce fut toujours une priorité, pendant des décennies, dans toutes les unités de la SMA. »

La formation de la personne tout entière

La formation intellectuelle, aussi essentielle soit-elle, n’est qu’un pilier parmi d’autres. Le P. Damian insiste pour qu’elle repose sur quelque chose de plus profond :

« L’intellectuel est très important. Mais s’il n’est pas soutenu par un bon discernement spirituel et un développement humain… nous ne devenons pas des anges — nous sommes des hommes appelés à œuvrer en mission. Nous vivons dans le monde, alors nous devons développer notre humanité. »

Le P. Dominik Waclaw, qui travaille directement sur la formation intégrale, partage cette vision holistique et y ajoute une dimension proprement SMA : l’immersion interculturelle, qui commence dès le début de la formation.

« Le fait que nous passions très tôt dans notre formation d’un pays à un autre nous permet d’apprendre d’autres langues, d’autres cultures, et nous ouvre à une dimension plus large de la SMA. Cela vient presque naturellement dès le début — ce n’est pas quelque chose qui se produit une fois qu’on est en mission. »

Pour le P. Dominik, venu en Afrique en tant que séminariste plutôt que comme prêtre nouvellement ordonné, cette exposition précoce fut déterminante. « C’était quelque chose de très bien, » dit-il simplement. C’est un avantage que la formation SMA offre, selon lui, et que beaucoup d’autres congrégations ne proposent pas.

L’intégrité : le dedans doit correspondre au dehors

Aucun thème ne ressort avec autant de force dans la réflexion du P. Damian que celui de l’intégrité. Il choisit une image vivante et mémorable :

« Ce qui est écrit sur l’étiquette doit correspondre à ce qu’il y a à l’intérieur de la boîte. C’est une question d’intégrité, d’intégrité, d’intégrité. »

La SMA ne forme pas seulement des hommes capables d’exercer des fonctions sacerdotales — elle forme des hommes qui sont ce qu’ils disent être. Des hommes de prière. Des hommes qui ont affronté leur colère, leur solitude, leurs fragilités, avant même de poser le pied en mission.

« Si je suis en colère comme séminariste, je serai encore plus en colère en mission. Nous voulons des missionnaires heureux, de vrais prêtres missionnaires, fidèles à eux-mêmes. »

Naviguer dans un monde numérique

Aucune réflexion sur la formation aujourd’hui ne peut ignorer la révolution numérique. Le P. Damian et le P. Dominik l’abordent sous des angles différents — mais leurs voix pointent dans la même direction.

Le P. Damian ouvre la porte de manière pastorale :

« Le monde numérique, le monde de la technologie — nous devons en parler. C’est un don pour le monde. Comment l’utiliser comme un don ? Plutôt que d’en abuser. Plutôt que de devenir dépendants de quelque chose qui finit par gouverner nos vies. »

Le P. Dominik va plus loin. Pour lui, la conversation seule ne suffit pas. Les maisons de formation, dit-il, doivent cultiver ce qu’il appelle une « littératie technologique » — une compétence structurée et délibérée. Il établit un lien direct entre la révolution d’internet et l’essor de l’intelligence artificielle :

« Il est difficile aujourd’hui, où que nous soyons, d’envisager l’avenir sans prendre conscience des possibilités et en même temps des dangers de l’IA — de la même manière que cela s’est produit il y a quelques années avec l’expansion d’internet. »

Ensemble, le message est clair : la technologie n’est pas une distraction passagère à gérer informellement. C’est une réalité culturelle qui a sa place dans la formation initiale et permanente de chaque membre de la SMA.

Financer l’avenir de la mission

Une formation de qualité ne se fait pas sans ressources. Le P. Dennis Etti, Directeur de la Fondation PACEM, perçoit clairement cette dimension :

« Nous ne cherchons pas des fonds pour l’argent en lui-même, mais pour une vision plus grande — former des missionnaires de qualité pour le monde d’aujourd’hui. »

Le paysage de la charité est en mutation, observe-t-il. « Les gens sont toujours généreux, mais pas envers ce qu’ils ne connaissent pas. Nous devons être prévoyants. » Des fondations comme PACEM existent pour assurer que la SMA puisse soutenir ses missions même lorsque les formes de soutien extérieur évoluent.

« Nous devons mettre des choses en place pour que demain, nous puissions continuer à soutenir nos missions par nous-mêmes. »

Un appel merveilleux

Ce qui unit ces trois voix, c’est une conviction commune : les défis sont réels, mais l’appel l’est tout autant. La formation permanente, insiste le P. Damian, n’est pas la seule responsabilité de l’institution — elle appartient à chaque missionnaire.

« Je suis responsable de ma propre formation permanente. Je dois assumer cette responsabilité en adulte mûr, en allant de l’avant pour faire une différence dans le monde d’aujourd’hui en tant que missionnaire SMA. »

Le P. Damian conclut avec sa franchise habituelle, et sa chaleur habituelle :

« C’est un grand défi — ce n’est pas rien. Mais c’est un appel merveilleux, une invitation merveilleuse. Et avec chaque invitation, chaque opportunité, viennent des responsabilités. »

Pour la SMA, ces responsabilités sont prises au sérieux — un missionnaire, une communauté de formation, une conversation honnête à la fois.

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