Bélémboké : 50 ans de Marche aux Côtés des Ba’Aka


En 1973, un prêtre français fidei donum, le Père Michel Lambert, entreprenait une œuvre audacieuse au cœur de la forêt centrafricaine: fonder une mission à Bélémboké. Son projet missionnaire associait l’annonce de l’Évangile à un engagement concret auprès des populations autochtones, notamment les Ba’Aka, pour défendre leur dignité, promouvoir leur liberté et préserver leur identité culturelle.

Plus de cinquante ans après, cette intuition continue d’inspirer la mission de Bélémboké. À l’occasion de la Journée mondiale des missions 2026, la communauté missionnaire de Bélémboké rend grâce pour un demi-siècle de présence, de service et de solidarité auprès des populations pygmées et des autres communautés de la région.

Depuis sa fondation, la mission de Bélémboké poursuit trois engagements fondamentaux : l’évangélisation, l’accès à l’éducation et aux soins de santé, ainsi que la promotion humaine intégrale notamment celle de la femme. Aujourd’hui, les Pères SMA, en collaboration avec les Sœurs Dominicaines Filles de Notre-Dame de Nazareth, les agents locaux et différents partenaires, continuent de faire vivre cette vision à travers des initiatives concrètes qui ouvrent des chemins d’espérance.

Une fondation placée sous le signe de la dignité humaine

La naissance de Bélémboké en 1973 constitue un moment important de l’histoire missionnaire de la région. À cette époque, les populations pygmées Ba’Aka étaient confrontées à une forte marginalisation sociale et économique. Leur dépendance à l’égard d’autres groupes de la région limitait souvent leur liberté, leur accès aux services essentiels et leur participation à la vie sociale. Face à cette situation, le Père Michel Lambert souhaitait créer un lieu où les Pygmées pourraient vivre dans une plus grande liberté, se rassembler et construire leur avenir sans renoncer à leur identité culturelle.

En 1976, le Père Michel Lambert obtint l’autorisation de fonder le village et y accueillit les populations autochtones Ba’Aka et Ba’Gombé. La particularité de cette fondation réside dans la création conjointe de la paroisse et du village. Autour de la nouvelle mission, des familles se sont progressivement établies, construisant leurs habitations traditionnelles et organisant leur vie communautaire.

Bélémboké st ainsi devenu un lieu de rencontre, de prière et d’accompagnement, mais également un espace de promotion humaine et de reconnaissance de la dignité des populations autochtones.

Cinquante ans plus tard, cet héritage continue d’inspirer la mission aujourd’hui, notamment à travers les initiatives en faveur de l’éducation, de la santé et de l’autonomie des communautés.

L’éducation : ouvrir les portes de l’avenir

L’éducation constitue aujourd’hui l’un des principaux axes d’action de la mission de Bélémboké. Elle offre aux enfants et aux jeunes la possibilité de développer leurs talents, d’acquérir des connaissances et de participer pleinement à la vie de leurs communautés et de la société.

Dans le cadre d’un ancien programme de promotion des populations pygmées, une quinzaine de bâtiments scolaires, comprenant chacun une salle de classe, avaient été construits dans différentes communautés. Ces infrastructures permettaient aux enfants de commencer leur scolarité à proximité de leurs familles. Cependant, plusieurs de ces bâtiments se sont détériorés ou ont été abandonnés, réduisant les possibilités d’accès à l’éducation dans certaines localités.

À Bélémboké, la mission poursuit cet engagement grâce à une école maternelle installée dans un bâtiment de trois salles de classe construit en 2023. L’établissement accueille actuellement 168 enfants répartis entre les trois niveaux de maternelle. Trois enseignants assurent leur encadrement, dont l’un exerce également la fonction de directeur.

La mission fournit du matériel pédagogique aux enseignants et aux élèves. Elle offre également aux enfants un repas léger une fois par semaine afin de contribuer à leur bien-être et de les encourager à fréquenter l’école régulièrement.

Elle apporte également son soutien à l’école primaire publique du village, qui ne dispose que d’un seul enseignant nommé par l’État. Avec l’appui d’ONG et d’autres partenaires, la mission accompagne aussi les enfants qui terminent avec succès le cycle primaire afin qu’ils puissent poursuivre leurs études secondaires dans les localités voisines.

Cette solution devient toutefois de plus en plus difficile à soutenir financièrement, à mesure que davantage de jeunes accèdent au cours secondaire. La construction d’un collège à Bélémboké apparaît donc comme une priorité pour faciliter la continuité scolaire et permettre aux jeunes de poursuivre leurs études sans devoir s’éloigner de leur famille.

La mission accompagne également environ cinq étudiants pygmées qui poursuivent actuellement des études universitaires dans différentes disciplines. Leur parcours témoigne de l’importance de l’éducation comme instrument d’émancipation et de transformation sociale.

La santé : prendre soin de la vie

L’attention aux malades constitue une autre expression essentielle de la mission évangélique à Bélémboké. Les Pères SMA, en collaboration avec lesSœurs Dominicaines Filles de Notre-Dame de Nazareth, assurent le fonctionnement d’un centre de santé qui propose des consultations générales, des soins de maternité, des analyses de laboratoire, des services pharmaceutiques, le suivi des personnes vivant avec le VIH ou atteintes de tuberculose, la prise en charge de la malnutrition infantile ainsi que certaines interventions chirurgicales, dans les limites des capacités de la structure.

Le centre accueille des patients provenant de plusieurs localités parfois éloignées, notamment Salo, Bayanga, Nola, Loppo, Ngoulo et Mbanza. Les services proposés, en particulier les analyses de laboratoire, contribuent à faire de cette structure un point de référence sanitaire pour les populations de la région.

Le centre compte actuellement neuf professionnels de santé, dont deux religieux et sept membres de la communauté pygmée ayant reçu une formation dans différents domaines sanitaires.

Cette participation de professionnels issus de la communauté constitue un signe d’espérance. Elle témoigne de l’importance de la formation locale et de la possibilité pour les populations elles-mêmes de contribuer activement à la réponse aux besoins sanitaires de leurs communautés.

Cependant, le nombre croissant de patients entraîne des besoins supplémentaires en infrastructures, en équipements médicaux, en médicaments et en formation du personnel. Le développement du centre demeure donc nécessaire pour améliorer les conditions de prise en charge et répondre durablement aux besoins de la population.

À Bélémboké, prendre soin des malades est une des manières concrètes de proclamer l’Évangile : chaque vie compte et chaque personne mérite d’être accueillie et soignée avec dignité. À travers ce service quotidien, la mission manifeste une Église qui se fait proche des personnes , une Église « en sortie », comme le dirait le pape François, tout particulièrement lorsque la maladie et les difficultés d’accès aux soins médicaux rendent leur situation d’autant plus précaire.

Le développement humain intégral : construire l’autonomie

La mission de Bélémboké contribue également à créer les conditions permettant aux familles de vivre dignement, de développer leurs capacités et de construire un avenir plus sûr.

Les Sœurs Dominicaines Filles de Notre-Dame de Nazareth accompagnent un programme d’autonomisation des femmes et des jeunes filles comprenant des formations en couture et en restauration, ainsi qu’un accompagnement éducatif et humain. Ces activités permettent aux participantes d’acquérir des compétences pratiques susceptibles de favoriser l’emploi, l’auto-emploi et l’indépendance économique.

Au-delà de l’apprentissage d’un métier, ces formations s’inscrivent dans une démarche qui reconnaît aux femmes un rôle essentiel dans le développement de leurs familles et de leurs communautés.

L’agriculture représente un autre axe important de cet engagement. En 2025, la mission a créé une plantation de cacao d’environ cinq hectares à Bélémboké, ainsi qu’une autre à Ndelengué, située à une quarantaine de kilomètres. Elle dispose également d’environ trois hectares consacrés à la culture du maïs et du manioc.

Ces activités contribuent à la production alimentaire et offrent des possibilités de formation pratique. Elles visent notamment à renforcer la sécurité alimentaire, à encourager l’autonomie économique et à développer des moyens de subsistance plus durables.

À mesure que les plantations de cacao se développeront, elles pourront également offrir des perspectives de revenus à plus long terme, en fonction des rendements et des possibilités de commercialisation.

L’objectif est d’aller au-delà de la réponse aux besoins immédiats. Il s’agit d’accompagner les populations dans le développement de leurs compétences, le renforcement de leur autonomie et leur participation active à leur propre développement.

Cette démarche rejoint l’intuition qui a présidé à la fondation de Bélémboké : la promotion humaine ne peut être durable que si les personnes et les communautés concernées sont reconnues comme des acteurs de leur propre avenir.

Poursuivre ensemble le chemin de l’espérance

La Journée mondiale des missions 2026 est l’occasion de rendre grâce pour plus de cinquante ans de présence missionnaire à Bélémboké et de saluer toutes les personnes qui ont contribué à faire vivre cette mission : les Sœurs Dominicaines Filles de Notre-Dame de Nazareth, les collaborateurs et les agents locaux qui se mettent au service de leurs communautés, ainsi que les bienfaiteurs et partenaires qui ont soutenu cette présence au fil des années.

Cette histoire est également celle des populations elles-mêmes, de leur persévérance et de leur participation à la vie de la mission. Leur engagement demeure essentiel pour consolider les acquis et préparer l’avenir.

Malgré le chemin parcouru, les besoins restent importants. L’accès à l’enseignement secondaire, le développement des infrastructures sanitaires, la formation professionnelle et le renforcement de la sécurité alimentaire constituent autant de défis qui appellent la poursuite des efforts et une solidarité durable.

En cette Journée mondiale des missions 2026, Bélémboké nous rappelle que la mission de l’Église est une responsabilité partagée. Elle s’accomplit dans l’annonce du Christ, mais aussi dans l’attention portée aux personnes, la défense de leur dignité et l’accompagnement de leurs aspirations. Elle se construit grâce à l’engagement des missionnaires, à la participation des communautés locales et au soutien de tous ceux qui croient en cette œuvre.

À Bélémboké, l’esprit de l’Évangile se traduit concrètement dans une salle de classe où un enfant apprend à lire, dans un centre de santé où un malade reçoit des soins, dans un atelier où une femme acquiert un nouveau savoir-faire et dans un champ où une famille construit son avenir.

Après plus de cinquante ans de présence missionnaire, Bélémboké demeure un témoignage vivant d’une Église qui annonce le Christ, défend la dignité humaine et accompagne les populations dans leurs aspirations à un avenir meilleur.

En cette semaine missionnaire mondiale, que notre prière et notre générosité contribuent à poursuivre ce chemin, afin que les enfants puissent apprendre, que les malades puissent être soignés et que les familles disposent de moyens toujours plus solides pour construire leur avenir dans la dignité et l’espérance.

P. Samuel Hagan, SMA
Curé de la paroisse Notre Dame des Pygmées, Bélémboké
Archidiocèse de Berberati – République Centrafricaine

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