À la Guillotière, la famille missionnaire NDA-SMA célèbre son Triple Jubilé


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Par Pierre-Paul Dossekpli

Lyon, le 27 juillet 2026 — C’est dans l’église Notre-Dame Saint-Louis de la Guillotière, à Lyon, que s’est déroulée ce lundi la cinquième journée de célébration du Triple Jubilé de la famille missionnaire NDA-SMA. Au programme : une conférence du Père Andrea Mandonico consacrée aux deux fondateurs, suivie d’une Eucharistie présidée par Mgr Patrick Le Gal, évêque auxiliaire de Lyon et délégué épiscopal pour la Vie consacrée dans l’archidiocèse.

Un triple anniversaire, un lieu chargé d’histoire

Ce jubilé célèbre trois anniversaires : les 150 ans de la fondation de l’Institut des Sœurs de Notre-Dame des Apôtres (NDA), les 170 ans de la Société des Missions Africaines (SMA), et les 200 ans de la naissance du Père Augustin Planque, premier Supérieur Général de la SMA et fondateur des Sœurs de Notre-Dame des Apôtres.

Le choix de l’église de la Guillotière n’est pas anodin : c’est en ce même lieu qu’ont été célébrées, en 1907, les funérailles du Père Augustin Planque. La paroisse — qui regroupe aujourd’hui trois églises sous le patronage du Bienheureux Antoine Chevrier, dont l’archidiocèse de Lyon célèbre cette année le bicentenaire de la naissance — accueille aussi la communauté des Sœurs de Notre-Dame des Apôtres de la Guillotière.

Après les célébrations vécues à Lille (diocèse du Père Planque), à Chemy (son village natal), puis à Vénissieux (lieu de fondation de l’Institut, où une chapelle a été dédiée aux 19 Martyrs d’Algérie, parmi lesquels deux sœurs NDA, Angèle-Marie Littlejohn et Bibiane Leclerc), cette journée à la Guillotière venait ainsi boucler la boucle : du lieu de fondation au lieu des funérailles du fondateur.

La conférence du Père Andrea Mandonico : l’histoire d’une rencontre providentielle

Archiviste et postulateur de la SMA, le Père Andrea Mandonico a ouvert la matinée par une conférence retraçant la rencontre entre les deux fondateurs. Il a d’abord rappelé le contexte troublé de la fin du XIXe siècle — révolutions, régimes anticléricaux, rupture du Concordat en 1905 — dans lequel s’inscrit paradoxalement un véritable réveil missionnaire, porté par des figures comme Libermann, Lavigerie ou de Foucauld.

Il a ensuite dressé le portrait de deux hommes que tout semblait opposer. Mgr Melchior de Marion Brésillac, né en 1813 dans le Sud, ancien vicaire apostolique de Coimbatore, en Inde, fonde la Société des Missions Africaines à Lyon le 8 décembre 1856, après une expérience missionnaire déjà longue et éprouvante. Le Père Augustin Planque, né en 1826 à Chemy dans une famille modeste du Nord, fils aîné destiné à reprendre la ferme familiale avant d’être recueilli par une tante et orienté vers le séminaire, n’avait, quant à lui, aucune expérience du terrain missionnaire, mais celle, précieuse, de l’enseignement et de la direction de séminaristes.

Leur rencontre se noue par voie de presse : Planque découvre en mars 1856, dans le journal L’Univers, un article de Mgr de Brésillac appelant des prêtres à se mettre au service des missions africaines. Après un échange de lettres, Planque rejoint Brésillac à Lyon le 7 novembre 1856.

Le Père Mandonico a insisté sur la confiance immédiate et croissante entre les deux hommes. Nommé aussitôt supérieur du séminaire, Planque devient l’homme de confiance à qui Brésillac confie la direction de la maison de Lyon avant son départ pour l’Afrique. Lorsque Mgr de Brésillac meurt de la fièvre jaune à Freetown le 25 juin 1859, quelques mois à peine après son arrivée, c’est Planque qui reprend l’œuvre, fidèle à une parole que le fondateur lui avait confiée avant d’embarquer : que la Société vivrait « tant qu’il y aura une volonté pour la maintenir », et que cette volonté, ce serait lui.

Le Père Planque assumera cette charge jusqu’à sa mort en 1907, soit près de cinquante ans comme Supérieur général : construction du séminaire, quêtes incessantes pour subvenir aux besoins des missionnaires, rédaction des Constitutions, rapports avec un pouvoir civil souvent hostile. C’est aussi lui qui, devant la difficulté à trouver des congrégations féminines prêtes à s’engager en mission, fonde en 1876 les Sœurs de Notre-Dame des Apôtres, dont les premières religieuses arriveront au Dahomey en 1878, avant que la congrégation ne s’étende à l’Égypte et à l’Algérie.

Le conférencier a conclu en citant un confrère qui décrivait Planque comme « un missionnaire authentique », animé du zèle de l’apôtre et d’une énergie de caractère, mise au service de deux familles religieuses jusqu’à l’extrême limite de ses forces. Pour le Père Mandonico, la clé de cet héritage tient en un mot : la confiance que Mgr de Brésillac a placée en Planque — une confiance que l’histoire, 150 ans plus tard, a largement justifiée.

Le mot d’accueil : gratitude et fraternité

C’est Sœur Joséphine Arthur, NDA, originaire du Ghana et en mission en France, qui a ouvert la célébration par le mot d’accueil, au nom des Sœurs, des Pères de la Société des Missions Africaines et de l’équipe pastorale de la paroisse. Elle a salué la présence de Mgr Patrick Le Gal ainsi que celle de tous les prêtres, religieux, religieuses, familles, amis, bienfaiteurs et paroissiens venus pour cette Eucharistie d’action de grâce, exprimant l’espérance que le Père Augustin Planque et le Bienheureux Antoine Chevrier « intercèdent pour chacun de nous, pour nos familles, pour nos communautés et pour la mission de l’Église ».

L’homélie de Mgr Le Gal : ténacité, résilience et audace

Dans son homélie, Mgr Patrick Le Gal est revenu sur son propre cheminement de préparation à cette célébration, racontant sa découverte de la figure du Père Augustin Planque. Il a insisté sur les qualités qui, selon lui, ont marqué le parcours du fondateur : la ténacité face au découragement, la résilience pour se redresser malgré des difficultés inédites, et l’audace de s’engager sur un chemin exigeant. À ces trois traits, l’évêque a ajouté une quatrième dimension, fondamentale à ses yeux : la confiance en Dieu.

L’homélie a également évoqué la puissance de Dieu à l’œuvre dans l’humilité et le dépouillement plutôt que dans la démonstration humaine de force, invitant l’assemblée à progresser dans cette même humilité pour mieux manifester l’amour.

Des témoignages venus des quatre coins du monde

La journée a rassemblé des pèlerins et des membres de la famille missionnaire venus de plusieurs pays, chacun témoignant, à sa manière, de ce que représente cet héritage spirituel.

Maria Sagrario, venue d’Espagne, a salué une conférence « très intéressante » et une atmosphère de fraternité qu’elle a qualifiée d’extraordinaire, évoquant la force avec laquelle le charisme de Mgr de Brésillac et du Père Planque continue, selon elle, de porter du fruit en Afrique.

Sandrine Grossmann, de Strasbourg, mère de deux garçons engagée dans la pastorale aux côtés de la SMA et des NDA — notamment avec Sœur Paulette Modzinou, NDA, originaire du Togo — a raconté comment son rapprochement avec la famille missionnaire s’est fait naturellement, en particulier depuis l’arrivée du Père Bernardin dans sa paroisse. Elle a décrit les pères et les sœurs de cette famille comme des « diffuseurs de bonheur ».

Sœur Agnès Gyima, sœur NDA originaire du Ghana et en mission au Botswana, a confié avoir acquis, grâce à cette journée, une compréhension nouvelle et profonde de la personnalité de Mgr de Brésillac et de la confiance qu’il a placée dans le Père Planque pour poursuivre son œuvre. Elle a partagé son émotion d’être, en tant que « fille de la terre », présente à la fois sur les lieux de fondation et sur ceux des funérailles du fondateur. Revenant sur son expérience missionnaire au Botswana, elle a évoqué les débuts difficiles de l’accueil réservé aux sœurs par la population, avant que celle-ci ne reconnaisse peu à peu leur volonté de contribuer plutôt que de prendre.

Sœur Juvénile Yévidé, originaire du Bénin et en mission au Niger, a exprimé sa gratitude envers Mgr de Brésillac et le Père Planque pour avoir accueilli la mission, rappelant que « la mission se reçoit ».

L’après-midi : sur les pas de Pauline Jaricot et à Fourvière

L’après-midi a été consacré à un temps de rencontre et de visite en équipe : prière des Nones à Notre-Dame de Fourvière, suivie de la découverte de la Maison de Pauline Jaricot, du Musée d’histoire chrétienne de Lyon (l’Antiquaille), puis de la Basilique de Fourvière.

Une journée d’action de grâce

Entre conférence historique, célébration eucharistique et témoignages vivants de la mission, cette étape lyonnaise du Triple Jubilé aura permis de relier la mémoire des fondateurs à la vitalité actuelle de la famille missionnaire NDA-SMA, présente sur plusieurs continents.

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