Articles Fondamentaux qui feront la base du règlement des Missions Africaines (1)
La Société des Missions Africaines a pour but principal l’évangélisation des pays de l’Afrique qui ont le plus besoin de missionnaires.
Elle se met sous la protection de la Sacrée Congrégation de la Propagande, à l’autorité de laquelle elle restera toujours parfaitement soumise comme étant l’organe des volontés du Souverain Pontife pour tout ce qui regarde les missions.
Elle n’acceptera de missions qu’en se conformant aux désirs de la S.C. de la Propagande et, d’un autre côté, elle tâchera de se rendre capable de répondre à l’appel qui lui sera fait sur quelque point que ce soit de l’Afrique, si ingrate et si difficile que soit la mission qu’on voudra lui confier.
Indépendamment du soin qu’elle donnera aux missions qui lui seront spécialement confiées, la Société travaillera constamment à préparer les voies pour pénétrer dans les lieux de l’Afrique où il n’y pas encore de missionnaires ; et quand elle croira le moment venu d’essayer une tentative, elle en fera part à la S.C. de la Propagande, pour obtenir la permission de l’exécuter. Enfin, elle pourra, sur la demande expresse de la Sacrée Congrégation, accepter des missions hors de l’Afrique, pourvu que ce soit chez des gens de couleur. (2)
Le centre de la Société est à Lyon à la maison des Missions Africaines. On recevra des sujets de toutes les nations, pourvu qu’ils apportent des certificats de capacité et de bonne conduite et qu’ils donnent d’ailleurs des marques de vocation à la vie apostolique.
On sera d’abord reçu comme aspirant, sans être de suite agrégé au corps de l’Association.
Les aspirants ne seront définitivement agrégés qu’après une année d’épreuve, au moins. S’ils ne sont point prêtres et qu’ils étudient pour le devenir, ils ne seront agrégés qu’après avoir reçu l’ordre de la prêtrise, à moins qu’ils ne soient plus tôt envoyés en mission. Pour que le temps d’épreuve fût abrégé, il faudrait qu’un besoin pressant des missions l’exigeât.
Après l’agrégation, les Supérieurs ne seront pas obligés d’envoyer immédiatement les agrégés en mission ; ils pourront les retenir en Europe le temps qu’ils jugeront convenable, soit pour leur faire faire des études particulières, soit pour toute autre raison.
Les aspirants qui viendront étant déjà prêtres, devront autant que possible, donner 400 F pour leur entretien pendant l’année d’épreuve. S’ils se retirent avant la fin de l’année, on leur rendra en proportion du temps qui ne sera pas écoulé. Ceux qui ne seront pas prêtres devront, à moins de dispense, payer la pension, à raison de 600 F s’ils sont étudiants, et 400 F s’ils sont aspirants frères laïques.
La Société étant essentiellement séculière, on n’y fera pas de vœux, mais on fera la solennelle Résolution de persévérer dans la Société jusqu’à la fin de ses jours, considérant comme son plus grand mérite, de mourir à l’œuvre, soit au sein des missions, soit à leur service en Europe.
Le nerf (3) de l’association est la concorde dans la parfaite charité et l’obéissance à ceux qui sont préposés plutôt pour diriger que pour gouverner leurs confrères. (4)
Les aspirants, eussent-ils donc toutes les autres qualités, ne seront point admis à entrer dans le corps de l’association si l’on remarque en eux un trop grand esprit d’indépendance ou une répugnance marquée à se faire aux caractères différents du leur.
On n’aura voix active et passive dans la Société que trois ans après l’agrégation avec le caractère sacerdotal.
L’association se compose du Supérieur général, des Supérieurs majeurs, des Supérieurs locaux, des Conseillers et des simples associés.
Le Supérieur général sera nommé à vie par les Supérieurs majeurs, les Supérieurs locaux et les Conseillers présents au lieu où se fera l’élection à la majorité des suffrages. Il pourra ne point résider en Europe.
Les Supérieurs majeurs sont les Évêques qui feront partie de l’association et ceux qui auront été nommés par la S.C. de la Propagande quoique sans caractère épiscopal : vicaires apostoliques ou préfets, qui auront, en un mot, une juridiction quasi épiscopale. (5)
Si les Supérieurs majeurs venaient à perdre leur charge sans qu’ils quittassent la congrégation, ils conserveraient le titre de Conseillers.
Les Supérieurs locaux sont ceux qui auront reçu ce titre du Supérieur général, avec la charge de gouverner un certain nombre de confrères, soit en Europe, soit dans les missions qui seront sous la juridiction spirituelle d’Évêques ou Vicaires apostoliques étrangers à la Société. S’ils viennent à perdre leur charge, ils n’auront plus que le rang qu’ils avaient avant d’être nommés, ou qui leur convient selon ce qui est dit à l’article suivant.
Les Conseillers sont :
1° Tous ceux qui auront persévéré vingt ans dans la Société, avec le caractère sacerdotal ;
2° Les représentants des missions à la Maison mère ;
3° Deux missionnaires de chaque mission, désignés à la majorité des suffrages par les missionnaires de cette mission pour assister le Supérieur majeur.
Ceux qui auront obtenu le grade de Conseiller, le conserveront perpétuellement, quelles que soient les fonctions auxquelles ils soient plus tard employés par le Supérieur général ou les Supérieurs majeurs.
Le Supérieur général sera assisté d’un conseil composé de tous les Conseillers qui pourront se trouver auprès de lui. Il aura de plus un Vicaire général nommé par les mêmes électeurs que les siens et en même temps.
Le Vicaire général devra toujours résider à la Maison mère dont il sera le Supérieur ; si à l’élection d’un nouveau Supérieur général il n’est point renommé, il prendra rang parmi les Conseillers de l’association.
Le Supérieur général ne traitera aucune affaire grave sans avoir consulté son conseil ; il écoutera les avis des Conseillers, mais il ne sera pas tenu de les suivre. Il leur fera cependant part de ses résolutions qu’il serait tenu de suspendre si les 2/3 faisaient opposition. Il en sera ainsi, à part les cas où la majorité des suffrages sera exigée.
Les Supérieurs majeurs sont assistés chacun de deux Conseillers nommés à la majorité des suffrages des missionnaires de sa mission, des autres Conseillers qui pourront se trouver autour de lui et des autres missionnaires qu’il croira devoir appeler à son conseil. Il écoutera leurs avis mais il ne sera pas tenu de les suivre.
Les Supérieurs locaux consulteront au besoin, et selon leur prudence, les confrères qui pourront les aider de leurs conseils.
La Société des Missions Africaines aura ses réunions générales en qui résidera le souverain pouvoir. Elles auront lieu :
1° après la mort du Supérieur général, pour le renommer (6),
2° dix ans après la dernière réunion,
3° sur la demande formelle et écrite des 3/4 des Supérieurs majeurs,
4° par ordre de la S.C. de la Propagande.
La réunion générale se composera du Supérieur général, des Supérieurs majeurs ou de leurs délégués munis de leurs pleins pouvoirs quand ils jugeront devant Dieu ne pas pouvoir quitter leur mission, d’un député de chaque mission, d’un député des missionnaires qui seraient sous la juridiction d’un Évêque étranger à l’association, de tous les Conseillers présents au lieu où se fera la réunion, de deux directeurs au moins de la Maison mère, si la réunion a lieu ailleurs que dans cette Maison.
A la mort du Supérieur général, le Vicaire général, ou à son défaut le plus ancien Conseiller présent à la Maison mère, succède immédiatement à toute son autorité. Il en avertit de suite les missions, désignant en même temps l’époque et le lieu de la réunion générale, qui ne devra pas être retardée plus d’un an. Il présidera cette assemblée jusqu’à la nomination du Supérieur général.
Si le Vicaire général venait à mourir avant le Supérieur général, le plus ancien des Conseillers présents à la Maison mère prendrait sa place jusqu’à la nomination de son successeur, faite à la majorité des suffrages, par le Supérieur général, les Conseillers présents, et ceux qu’on pourrait réunir sans trop de difficultés dans l’espace d’un mois au plus.
Les Procureurs et représentants des missions seront aussi nombreux qu’il y aura de missions ou de groupes de missions distincts par l’intérêt de ces missions ou par le caractère différent des populations. Le nombre en sera exactement fixé à chaque réunion générale. Ils seront nommés pour dix ans par les Supérieurs majeurs et leurs conseils à la majorité des suffrages. Ils pourront être révoqués aux mêmes conditions. Après leur temps de procure, ils devront rentrer dans la mission qui les a envoyés. Ils pourront être indéfiniment renommés. Pendant leur séjour en Europe, ils seront soumis au Supérieur de la Maison mère qui pourra les employer aux bonnes œuvres qui occuperont les membres de l’association et qui ne seront pas incompatibles avec ce qu’ils doivent de soins aux intérêts de la mission qui les a envoyés.
Chaque année, ils rendront compte au Supérieur général et aux Supérieurs majeurs de leur mission respective des dépenses et des recettes qu’ils auront faites pour les missions.
Le Vicaire général sera le Procureur des missions qui n’auront pas à leur tête un Supérieur majeur. Il ne rendra compte qu’au Supérieur général des recettes et des dépenses qu’il aura faites pour ces missions.
Le Supérieur général assisté de son conseil aura une pleine autorité sur les membres de l’association qui seront en Europe et sur ceux qui seront en pays étranger, là où il n’y aura pas de Supérieur majeur.
Il enverra les nouveaux associés dans les diverses missions, mais dès qu’ils seront sous l’autorité des Supérieurs majeurs, il n’aura plus sur eux aucune direction. Si cependant le Supérieur majeur venait à les renvoyer du lieu de sa juridiction, ils ne seraient point pour cela chassés de la Société, mais ils retomberaient sous l’autorité du Supérieur général qui déterminerait en conseil si leur faute mérite l’exclusion ou s’ils peuvent être utilement employés ailleurs.
Un missionnaire qui désirerait changer de mission ne le pourrait qu’avec la permission de son Supérieur immédiat et en se mettant ensuite à la disposition du Supérieur général.
D’autres développements seront indiqués au besoin pour fixer les attributions du Supérieur général, afin qu’elles soient tellement ménagées qu’elles s’exercent pour le bien de toute la Société sans altérer la pleine autorité des Supérieurs majeurs dans la mission qu’ils auront reçue du Saint-Siège.
Les Supérieurs, assistés de leur conseil, auront la libre administration des biens de leur mission avec cette différence que les Supérieurs majeurs ne devront rendre compte à personne, tandis que les Supérieurs locaux devront rendre compte chaque année au Supérieur général des recettes et dépenses de leur mission.
Les Supérieurs auront soin de pourvoir aux besoins de leurs confrères sans rien négliger pour qu’ils aient le nécessaire et sans pourtant s’écarter jamais de la pauvreté évangélique.
Partout où plusieurs associés seront réunis, ils mèneront la vie commune. Ils pourront user, selon leur volonté, de leur patrimoine mais tout ce qu’ils recevront directement ou indirectement des missions ou pour les missions, ainsi que les honoraires qu’on pourrait leur donner pour l’exercice du Saint Ministère, sera mis dans la masse commune. Néanmoins, on laissera à chaque prêtre 10 ou 12 intentions de messes libres chaque mois. (7)
A la mort d’un missionnaire, l’argent qu’il pourrait avoir avec lui, ainsi que ses effets, seront censés appartenir à la Société, à moins qu’il n’ait indiqué le contraire par écrit. S’il possède des immeubles en son nom mais qui réellement appartiennent à la Société, il aura soin de faire un testament ou de prendre toutes les précautions qu’exigent les lois des divers pays où il se trouve, afin que la Société ne soit pas exposée à les perdre.
Les biens généraux de la Société seront administrés par le Supérieur général, assisté du Vicaire général et de son conseil. Le Vicaire général tiendra les comptes et représentera le Société dans les contrats. Il devra tenir ses comptes à la disposition de l’assemblée générale toutes les fois qu’elle aura lieu. Il pourra se faire aider pour les dépenses journalières par un Procureur nommé en conseil. Les revenus d’une mission ne passeront jamais à une autre. Les Supérieurs feront, chaque année, connaître au Supérieur général, quels sont leurs ressources et leurs besoins, afin qu’on puisse distribuer les aumônes en conseil et à la majorité des voix à proportion de ces besoins.
Tout en évitant avec soin la moindre avarice, chaque mission travaillera à se procurer des ressources locales pour se soutenir elle-même, mais jamais on ne fera passer à la Maison mère rien qui provienne des missions. La Maison mère devra s’entretenir au moyen des fondations qui seront faites en sa faveur et des aumônes d’Europe dont le Supérieur général en conseil et à la majorité des suffrages pourra retenir une partie afin de l’employer pour le bien de tous, en ayant cependant bien soin de respecter scrupuleusement les intentions des donateurs.
Si, pour quelque raison que ce soit, un confrère obtient la permission de venir passer quelque temps en Europe, il ne cessera pas d’appartenir à la mission d’où il serait venu. Après le temps concédé, il devra rentrer dans sa mission.
Après trente ans de service effectif dans les pays étrangers, avec le caractère sacerdotal, ou bien après quarante ans sans ce caractère, les associés ont droit de venir passer le reste de leurs jours en Europe sous la direction du Supérieur général ; s’ils préfèrent au contraire rester en mission, ils en ont le droit et ils y seront traités avec tous les égards que méritent leur âge et les longs services qu’ils ont rendus.
Les membres de l’association qui seront retenus en Europe, soit avant d’être envoyés aux missions étrangères, soit dans d’autres cas prévus par le règlement, soit enfin après trente ou quarante ans de mission dont nous venons de parler, ne laisseront pas de se rendre utiles à l’Église et à l’association, non seulement par leurs prières, mais aussi par des œuvres qui entretiennent l’esprit apostolique au cœur de la Société, telles par exemple que les orphelinats d’enfants pauvres, l’éducation des Noirs qu’on amènera des missions, etc. Ils pourront aussi se rendre utiles pour la prédication, principalement dans les bourgs et les villages, tout cela sous la direction des Supérieurs.
Aussitôt que possible, il sera établi une ou plusieurs maisons d’enfants noirs qu’on amènera des missions pour les ramener chez eux après avoir fait leur éducation hors de l’atmosphère du paganisme et leur avoir enseigné un état.
Ces maisons devront être établies en Italie, ou du moins dans quelques lieux choisis de la Provence. (8) Si quelqu’un de ces enfants donnait des marques de vocation à l’état ecclésiastique, on tâchera de seconder l’action de la grâce et l’on fera en sorte que quelques-uns aillent faire leurs études théologiques au séminaire de la Propagande à Rome.
Les frères laïques devront tous s’exercer dans un art ou un métier afin de se rendre utiles, soit en Europe, soit en mission et d’être capables de former les jeunes nègres dans les divers établissements de la Société.
L’association des Missions Africaines s’attachera des affiliés qui participeront d’une manière spéciale aux mérites de l’œuvre, s’ils sont disposés à la seconder de tout leur pouvoir.
Les affiliés pourront se rendre utiles à l’association de deux manières : personnellement en s’agrégeant à elle ou par leur influence morale et par les secours matériels qu’ils pourront lui procurer.
Les affiliés agrégés doivent être prêtres. (9) Ils seront reçus à la Maison mère ou dans les autres établissements de la Société, pourvu qu’ils paient une pension d’au moins 800 F par an, et qu’ils consentent à rendre les services qui seront en leur pouvoir eu égard à leur âge et à leurs facultés. Tous les honoraires de messes seront laissés à leur disposition, mais ils devront se fournir eux-mêmes leur luminaire, leur chauffage et leur vestiaire. Les honoraires qu’ils pourraient recevoir pour les autres fonctions ecclésiastiques seront versés à la masse commune. S’ils s’agrégeaient néanmoins pour aller en mission et qu’on consentît à les y envoyer, ils seraient dispensés de payer leur pension et traités en tout, comme les autres missionnaires, excepté qu’ils n’auraient point de voix active ni passive pour ce qui regarde la Société. S’ils voulaient revenir en Europe, on leur donnerait toujours la permission, pourvu qu’ils fissent eux-mêmes les frais de voyage. Ils seront du reste traités comme des frères et soignés jusqu’à leur mort.
On pourra se faire agréger à tout âge et finir ainsi sa carrière utilement en servant l’Église et les missions jusqu’au dernier soupir, en jouissant des avantages de la vie de communauté avec des confrères.
Une fois l’année, le Supérieur général ou son délégué, fera part aux affiliés, par une lettre commune, de l’état de l’œuvre, de ses progrès, de ses espérances, de ses besoins, et il entretiendra d’ailleurs avec eux, tous les rapports qui seront à désirer.
La Société des Missions Africaines se met spécialement sous le patronage de la Sainte Famille, honorant d’un culte particulier le mystère qui fit aller notre Divin Sauveur en Egypte. Elle invoquera ensuite avec une grande dévotion St Augustin, évêque d’Hippone, St Cyprien, évêque de Carthage, St Benoît de Philadelphie, dit le Maure (10), le Bx Pierre Claver, esclave des nègres, et tous les Bienheureux qui se sont sanctifiés dans l’exercice du ministère apostolique dans les missions, et surtout en Afrique.
En attendant que la Société des Missions Africaines soit assez nombreuse et assez bien établie pour que tous ces articles puissent être mis à exécution, on tâchera de se rapprocher le plus possible de la lettre et de l’esprit qui les a dictés.
Après un temps convenable, des Constitutions seront rédigées dans cet esprit, pour être soumises à l’approbation du Saint-Siège, et reçues avec respect, avec des modifications, additions et retranchements qu’il croira utile de faire.
En attendant, Mgr de Marion Brésillac sera considéré comme Supérieur général de l’association et, s’il venait à mourir, le plus ancien confrère le remplacerait immédiatement et provisoirement jusqu’à la nomination du nouveau Supérieur général, qui sera faite à la majorité des voix par les dix plus anciens confrères ayant voix active et passive et, à défaut de ce nombre, par tous les confrères prêtres appartenant déjà à l’association.
L’admission des sujets, soit comme aspirants, soit comme missionnaires, sera faite en conseil à la majorité des suffrages.
Quand un aspirant aura été jugé digne d’être définitivement agrégé à l’association, le Supérieur l’en avertira et il se préparera par trois jours de retraite, à faire solennellement sa résolution de persévérance.
Le troisième jour, à l’heure indiquée, on chantera le Veni Creator. Puis, le Supérieur, ou à son défaut l’un des directeurs, adressera quelques mots au nouveau missionnaire, qui s’avancera au pied de l’autel et prononcera la résolution suivante à genoux, tenant la main droite étendue sur les saints Evangiles :
“Moi, (prêtre, ou frère laïc), je prends la solennelle résolution de travailler toute ma vie à l’œuvre des missions dans la pieuse Congrégation des Missions Africaines. Je prends l’engagement d’en observer le règlement et, quand je serai en mission, de ne pas chercher à revenir en Europe sans la permission ou l’ordre de mes Supérieurs, à part le cas où le règlement m’en donne le droit.
“Je serai parfaitement soumis aux décisions du Saint-Siège et aux ordres de la Sacrée Congrégation de la Propagande que je regarderai toujours comme l’organe du Saint-Père, pour tout ce qui regarde les missions.
“Je fais, en ce moment, à Dieu, l’offrande de ma vie, acceptant d’avance avec joie, pour sa plus grande gloire, le salut de mon âme et celui des peuples qui me seront confiés, les peines, les privations, les incommodités du climat, les douleurs de la persécution et même le martyre, si Dieu me trouve digne de mourir pour rendre témoignage à la foi.
“Que Dieu daigne écouter cette résolution et me donner la force de l’accomplir comme les préceptes de ces saints Evangiles.”
Après avoir prononcé ces paroles, le Supérieur ou à son défaut le directeur, lui dira : “Cher confrère, je vous admets dans la pieuse congrégation des Missions Africaines, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il”. (11) Il l’embrassera, ce que feront après lui tous les confrères présents et l’on chantera le Te Deum.
On inscrira immédiatement son nom sur les registres de la Société et il ne cessera jamais d’être membre du corps de l’association, à moins qu’il ne se retire librement ou qu’il mérite l’exclusion.
Les causes d’exclusion sont : l’hérésie ouvertement et opiniâtrement soutenue ; une vie scandaleuse ; un crime énorme publiquement connu ; la désobéissance formelle et opiniâtre aux Supérieurs ; l’habitude permanente et incorrigible d’aller contre le règlement de la Société, et en outre des règlements qui seront faits dans les diverses missions ; porter aux tribunaux des infidèles, des plaintes ou des accusations contre ses confrères.
Le 24 juillet 1858.
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note 1 A.M.A. 2 A 100, p 21-40 et, en latin p. 60-75. Textes manuscrits par le Père Courdioux. Appendice (Document 38, mais le titre est de nous car l’original n’est pas titré et se trouve en 2 F 5 p. 34), manuscrit par le fondateur lui-même. Ce texte semble n’avoir jamais été envoyé à la S.C. de la Propagande pour approbation. Il est introuvable dans les archives.
note 2 Le texte latin porte : “nigritantes populos”.
note 3 Le texte latin porte : “robur”.
note 4 Cette nuance n’existe pas dans le latin “… qui prœponuntur directioni et regimini suorum fratrum”.
note 5 Cette disposition selon laquelle les chefs de mission (vicaires ou préfets apostoliques) sont Supérieurs majeurs de la Société est un reflet du règlement alors en vigueur aux Missions Étrangères de Paris (imprimé pour la première fois en 1847, p. 44, n° 2). Ce type de gouvernement hybride sera source de difficultés dès les premières années de la SMA entre le Père Planque et ses missionnaires. La correspondance entre le Père Planque et les Pères Borghero, Courdioux, Verdelet et autres en fait état.
Ultérieurement, des dispositions du Saint-Siège, valables pour tous les instituts missionnaires, clarifieront les relations entre le chef de mission et les supérieurs de l’institut : Constitution Apostolique Romanos Pontifices de Léon XIII, du 8 mai 1881, Collectanea SCPF, Tome II, n° 1552, pp. 145ss. Et l’Instruction Quum huic de la SCPF du 8 décembre 1929, A.A.S. 1930, pp. 111-115.
note 6 Le latin ajoute : “… iis peractis, de communibus sodalitatis negotiis agetur”.
note 7 A ce propos des honoraires de messes une seconde difficulté surgissait entre le Père Planque et ses missionnaires. Le Père Planque, toujours fidèle interprète du fondateur, exigeait que fût respecté cet article de 1858. Or, il apprenait qu’au Dahomey : “ils ont réglé entre eux la question du casuel et des honoraires”. Cette question ne fut résolue qu’avec les constitutions de 1864. Cf. AMA Lett. Pl. III, 82 ; 115, et aussi 23085 en 2/0-1865 ; Lett. Pl. IV, 55. L’idée fondamentale pour laquelle le P. Planque militait était celle-ci : toutes les intentions de messes reviennent de droit à la Société et elle en laisse à chacun 10 ou 12 libres par mois.
note 8 Le latin ajoute : “Vel in Hispania”.
note 9 Nous avons là un type de ce que nous nommons aujourd’hui “membres associés”.
note 10 dont Mgr Luquet publia une biographie et, plus récemment le P. Pol de Léon, franciscain, aux éditions franciscaines à Paris, rue Marie Rose.
note 11 La portée de cette résolution solennelle n’était pas nécessairement perçue par tous avec la même vigueur. Voici ce qu’écrivait du Dahomey le Père Lafitte au Père Planque le 3 octobre 1862 : “[…] Je veux parler du retour des missionnaires lorsqu’ils jugent à propos de ne plus rester ici. D’après vous, la mission ne peut fournir l’argent pour le retour, cela vous paraît injuste et vous mettez en avant la fameuse et solennelle résolution que nous avons faite sur l’Evangile. Si vous saviez ce que nous pensons tous de cette résolution, vous n’en parleriez plus. Et pour vous rassurer là-dessus, je vous dirai qu’aucun de nous ne se croit tenu à rien et se croit aussi libre qu’avant. Vous parlez de consulter le cardinal Barnabò, je ne vois pas ce que le Cardinal a à faire là-dedans”. Le P. Planque cita ce passage au Cardinal Barnabò lui-même dans un courrier du 2 août 1863. Et ensuite, à la demande expresse du Card. Barnabò, le P. Planque rappela Lafitte en Europe : “Pour le bien de la mission… par manque de respect envers l’autorité… et le règlement voulu par Mgr de Brésillac”. Au lieu de rejoindre Lyon, Lafitte alla à Puerto Real en Espagne. De là, il demanda pardon au Père Planque et celui-ci, à la demande de Barnabò, ne le réadmit pas. “Le Cardinal m’a dit nettement qu’à aucun prix je ne dois le conserver dans la Société”. Planque à Noché le 19/7/1864 ; voir correspondance Barnabò-Planque aux AMA 1863 in 2/0 et lettres Planque.







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