De la frontière ivoirienne à Castelnaudary, le parcours d’un prêtre disponible, proche et ouvert à la diversité
En regardant votre cheminement depuis votre ordination en 2020, quels moments missionnaires ont le plus marqué votre identité de prêtre SMA ?
Depuis mon ordination en 2020, plusieurs moments missionnaires ont profondément marqué mon identité de prêtre SMA. Je dirais que ce sont surtout les rencontres avec les personnes, particulièrement celles qui vivent des situations de fragilité, qui ont le plus transformé ma manière de comprendre le sacerdoce et la mission.
Le premier moment marquant a été la découverte concrète de la mission sur le terrain. J’ai compris que la mission ne consiste pas seulement à annoncer l’Évangile par la parole, mais aussi à être présent, à écouter, à accompagner et à partager la vie des personnes. Ces expériences m’ont appris à être un prêtre proche du peuple, capable de rejoindre les réalités concrètes de ceux qui me sont confiés.
Le deuxième moment important a été la rencontre avec les jeunes. Leur dynamisme, leurs questionnements, mais aussi leurs difficultés face à l’avenir m’ont beaucoup interpellé. J’ai découvert combien il est important pour un prêtre d’être à l’écoute des jeunes, de les encourager et de les aider à discerner leur vocation et leur place dans l’Église et dans la société.
J’ai également été marqué par les moments de difficulté et d’incertitude dans la mission. Ils m’ont appris que le missionnaire ne peut pas compter uniquement sur ses propres forces. Il doit apprendre à faire confiance à Dieu, à persévérer et à accepter de travailler avec les autres. Ces moments ont renforcé en moi l’esprit de disponibilité, de simplicité et de dépendance à l’égard de Dieu.
Enfin, ce qui a le plus marqué mon identité de prêtre SMA, c’est la dimension interculturelle de la mission. Être envoyé vers des personnes qui ont parfois une culture, une histoire ou une manière de vivre différente de la mienne m’a appris à sortir de mes propres habitudes. J’ai compris que la mission commence aussi par l’accueil de l’autre et par la capacité à se laisser évangéliser par les personnes que l’on rencontre.
Après ces années de ministère, je peux donc dire que mon identité de prêtre SMA s’est construite progressivement autour de trois attitudes : être disponible pour la mission, être proche des personnes et garder le cœur ouvert à la diversité des peuples et des cultures. Mon cheminement depuis 2020 m’a surtout appris que le missionnaire n’est pas celui qui apporte tout, mais celui qui se laisse envoyer par Dieu, qui marche avec les autres et qui cherche à témoigner de l’Évangile par toute sa vie.
Votre première mission à Grabo, dans le diocèse de San Pedro, vous a plongé dans un contexte rural et frontalier. Quelles réalités pastorales y avez-vous découvertes et comment ont-elles façonné votre manière de servir ?
Ma première mission à Grabo, dans le diocèse de San Pedro, a été pour moi une véritable école de mission. Le contexte rural et frontalier m’a permis de découvrir une autre réalité pastorale.
J’y ai découvert d’abord une population profondément attachée à sa foi, mais confrontée à de nombreuses difficultés sociales et matérielles. Dans certaines communautés, les distances, les moyens de déplacement limités, les routes impraticables et les conditions de vie rendaient parfois difficile l’accès régulier aux services pastoraux. Cela m’a fait comprendre que le prêtre doit savoir rejoindre les personnes là où elles vivent, et pas seulement attendre qu’elles viennent vers lui.
Le contexte frontalier m’a également fait découvrir une grande diversité humaine et culturelle. Les déplacements des populations, spécialement les Burkinabés et Libériens, les différentes communautés et les réalités liées à la frontière m’ont appris à accueillir chacun avec respect, sans enfermer la mission dans des catégories ou des appartenances. J’ai compris davantage que l’Évangile est destiné à tous et que le missionnaire est appelé à construire des ponts.
Sur le plan pastoral, j’ai aussi découvert l’importance des communautés chrétiennes de base, des catéchistes et des responsables laïcs. Dans un contexte où le prêtre ne peut pas être présent partout et tout le temps, la vitalité de l’Église dépend beaucoup de l’engagement des laïcs. J’ai donc appris à leur faire confiance, à les accompagner et à leur donner davantage de responsabilités.
Cette mission m’a surtout appris la proximité et la simplicité. Il fallait parfois accepter de prendre du temps, de marcher, d’écouter longuement, de partager les joies et les difficultés des familles. J’ai compris que servir comme prêtre, ce n’est pas seulement célébrer les sacrements ou prêcher, mais aussi connaître les personnes, porter leurs préoccupations dans la prière et cheminer avec elles.
Grabo a ainsi façonné ma manière de servir en me donnant un esprit davantage à l’écoute, disponible et proche des réalités du peuple. Cette première expérience m’a confirmé que la mission SMA demande de sortir de soi, d’aller vers l’autre et de se laisser transformer par les personnes et les communautés que Dieu nous confie.
À Korhogo, vous avez été à la fois curé et recteur du séminaire propédeutique de Kombolokoura. Quels défis avez-vous rencontrés dans cette double responsabilité et comment les avez-vous surmontés ?
À Korhogo, j’ai vécu une expérience particulièrement riche, mais aussi exigeante, puisque j’ai été appelé à exercer simultanément la responsabilité de curé et celle de recteur du séminaire propédeutique de Kombolokoura. Ces deux missions étaient différentes, mais elles se complétaient profondément.
Le premier défi a été celui de la disponibilité. Comme curé, il fallait être présent auprès des communautés chrétiennes, accompagner les familles, célébrer les sacrements, organiser la vie pastorale et répondre aux différentes sollicitations. Comme recteur, il fallait en même temps accompagner les jeunes propédeutes dans leur discernement, leur formation humaine, spirituelle et intellectuelle. Il fallait donc apprendre à bien organiser mon temps et surtout à établir des priorités.
Le deuxième défi était l’accompagnement personnel des séminaristes. Chaque jeune arrivait avec son histoire, ses qualités, ses fragilités, ses attentes et parfois ses interrogations sur sa vocation. J’ai compris qu’on ne peut pas accompagner une vocation avec une méthode unique. Il faut beaucoup écouter, discerner avec patience et savoir encourager tout en posant les exigences nécessaires à une véritable formation.
J’ai également découvert le défi de concilier l’exigence de la formation et la proximité fraternelle. Le formateur doit être proche des jeunes, mais il doit aussi savoir poser un cadre. Il ne s’agit ni d’être simplement un ami, ni d’être seulement une personne qui impose des règles. Il faut aider le jeune à grandir en responsabilité et à devenir progressivement acteur de sa propre vocation.
Pour surmonter ces défis, je me suis appuyé avant tout sur la prière, l’organisation et le travail en équipe. J’ai appris à ne pas vouloir tout faire seul. La collaboration avec les confrères formateurs, les responsables pastoraux et les laïcs a été essentielle. J’ai aussi beaucoup appris des jeunes eux-mêmes, car accompagner une vocation signifie également accepter de se laisser interpeller et transformer par ceux que l’on accompagne.
Cette double responsabilité m’a finalement beaucoup enrichi. Elle m’a appris à être à la fois pasteur et formateur, à écouter davantage, à discerner avec patience et à faire confiance aux personnes. Elle m’a surtout rappelé que la mission ne consiste pas seulement à faire fonctionner des structures, mais à faire grandir des personnes et des communautés dans la foi.
Cette expérience à Korhogo a donc renforcé en moi la conviction que le prêtre missionnaire est appelé non seulement à annoncer l’Évangile, mais aussi à susciter, accompagner et former de nouveaux acteurs de la mission.
Quelles joies pastorales ou humaines vous ont particulièrement nourri durant vos années en Côte d’Ivoire, tant en paroisse qu’en formation ?
Mes années en Côte d’Ivoire ont été pour moi une période de grandes joies, aussi bien sur le plan pastoral qu’humain. Au-delà des responsabilités et des difficultés rencontrées, j’ai surtout été profondément nourri par les personnes et par les communautés qui m’ont accueilli.
Une première grande joie a été la proximité avec les communautés chrétiennes. J’ai été touché par la simplicité avec laquelle les personnes partageaient leur foi, leurs joies, leurs difficultés et leurs espérances. Les célébrations, les rencontres avec les familles, les visites aux malades et les différents moments de la vie paroissiale m’ont permis de découvrir une Église vivante, qui cherche à faire grandir sa foi au cœur des réalités quotidiennes.
J’ai aussi beaucoup apprécié la joie et la spontanéité des jeunes. Leur enthousiasme, leur énergie et leurs nombreuses questions m’ont souvent stimulé. Dans l’accompagnement des jeunes, notamment au séminaire propédeutique, j’ai eu la joie de voir certains faire des pas importants dans leur discernement. Lorsqu’un jeune devient plus libre, plus responsable et plus conscient de l’appel de Dieu dans sa vie, c’est une grande satisfaction pour un formateur.
Une autre joie importante a été la richesse des relations humaines. La Côte d’Ivoire m’a permis de rencontrer des personnes de cultures et d’origines diverses. J’ai découvert une grande capacité d’accueil, le sens de la fraternité et le goût du partage. Ces relations ont élargi ma manière de regarder l’autre et m’ont appris à considérer la diversité non comme une difficulté, mais comme une richesse.
Je garde également une joie particulière des petites choses du quotidien : une visite qui redonne courage à une personne, une famille qui retrouve l’espérance, un jeune qui reprend confiance, une communauté qui se mobilise pour un projet, ou simplement un moment de fraternité autour d’un repas. Ce sont parfois des choses très simples, mais elles donnent tout son sens au ministère.
Enfin, ces années m’ont nourri dans ma propre foi. J’ai découvert que, dans la mission, on donne beaucoup, mais on reçoit également beaucoup. Les personnes que nous accompagnons deviennent souvent, sans le savoir, des témoins qui nous évangélisent à leur tour.
Ainsi, mes années en Côte d’Ivoire resteront pour moi marquées par la joie de servir, la beauté des rencontres, la croissance des communautés et l’accompagnement des vocations. Elles ont contribué à faire de moi un prêtre plus proche des personnes, plus attentif à leurs réalités et davantage conscient que la mission est avant tout une aventure humaine et spirituelle vécue ensemble.
Vous avez accompagné des jeunes en discernement vocationnel. Quelles attitudes ou valeurs estimez-vous essentielles pour former les futurs missionnaires SMA ?
Pour former de futurs missionnaires SMA, je pense qu’il est essentiel de développer chez les jeunes une foi profonde, l’esprit de prière, la disponibilité, l’humilité et le sens du service. Il faut aussi les aider à devenir des hommes capables d’écouter, de vivre en communauté, de s’adapter à différentes cultures et d’aller à la rencontre de l’autre sans préjugés. Enfin, le discernement vocationnel doit les conduire à une vraie liberté intérieure, afin qu’ils puissent répondre à l’appel de Dieu avec générosité et responsabilité.
Votre parcours vous a mené dans plusieurs pays (Togo, Côte d’Ivoire, Bénin, Nigeria). Comment ces expériences interculturelles ont-elles enrichi votre vision de la mission ?
Mon parcours au Togo, en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Nigeria m’a beaucoup enrichi sur le plan humain et missionnaire. J’ai découvert que, malgré les différences de langues, de cultures et de réalités sociales, les peuples partagent les mêmes aspirations fondamentales : la foi, la fraternité, la dignité et l’espérance. Ces expériences m’ont appris à écouter avant d’agir, à respecter les cultures locales et à m’adapter aux réalités de chaque peuple. Elles m’ont aussi permis de comprendre que la mission n’est pas une question de frontières, mais une invitation à aller à la rencontre de l’autre, à construire des ponts et à témoigner de l’Évangile avec humilité. Pour moi, être missionnaire SMA, c’est donc accepter de se laisser enrichir par les autres tout en apportant ce que l’on a reçu.
Quels aspects de la spiritualité SMA — hérités de Mgr de Marion Brésillac — vous ont le plus guidé dans votre ministère jusqu’ici ?
Les aspects de la spiritualité SMA qui m’ont le plus guidé sont surtout la disponibilité missionnaire, l’esprit d’abandon à Dieu, la simplicité et l’attention aux peuples et aux cultures. L’exemple de Mgr de Brésillac m’a appris à accueillir la mission avec confiance, même lorsqu’elle conduit vers des situations nouvelles ou exigeantes. J’essaie également de vivre cet esprit de fraternité avec mes confrères et de rester proche des personnes qui me sont confiées. Pour moi, la spiritualité SMA se résume en une disposition intérieure : se laisser envoyer par Dieu, aller à la rencontre de l’autre et servir avec humilité et générosité.
En quittant la Côte d’Ivoire après six années de mission, quel regard portez-vous sur l’évolution de l’Église locale et sur la place des missionnaires aujourd’hui ?
Après six années en Côte d’Ivoire, je porte un regard très positif sur l’évolution de l’Église locale. J’ai découvert une Église de plus en plus vivante, engagée et capable de prendre en main sa propre mission, avec des laïcs, des jeunes et des prêtres locaux qui jouent un rôle important. Cela montre que la présence des missionnaires doit aujourd’hui évoluer : il ne s’agit plus seulement de venir faire, mais surtout d’accompagner, de former, de collaborer et de susciter de nouveaux acteurs de la mission. Le missionnaire SMA est ainsi appelé à être un frère qui marche avec l’Église locale, en partageant son expérience tout en se laissant lui-même enrichir par elle.
Vous vous apprêtez à rejoindre une équipe à Castelnaudary, village du fondateur de la SMA. Qu’attendez-vous de cette nouvelle mission et comment pensez-vous y mettre à profit votre expérience africaine ?
Je rejoins Castelnaudary avec beaucoup de joie, mais aussi avec un esprit d’écoute et d’humilité, conscient de la dimension particulière de cette mission, dans le village natal de Mgr de Marion Brésillac. Je dirais que c’est même une grâce. J’espère y découvrir davantage ses racines, mieux connaître son histoire et celle de la SMA, tout en me mettant au service de l’Église locale. Mon expérience en Afrique m’a appris la proximité, l’écoute, l’adaptation et le travail en équipe. Je souhaite mettre ces acquis au service des personnes que je rencontrerai, notamment en créant des liens, en accueillant les différences et en favorisant la fraternité. Cette nouvelle mission sera pour moi une occasion de donner ce que j’ai reçu en Afrique, mais aussi de continuer à apprendre auprès de l’Église de France.
À ce tournant de votre vie missionnaire, quelle vision personnelle portez-vous pour votre avenir : que souhaitez-vous approfondir, transmettre ou bâtir dans cette nouvelle étape ?
À ce tournant de mon parcours missionnaire, je souhaite avant tout approfondir ma relation avec Dieu, ma vocation SMA et ma capacité à être proche des personnes. Je voudrais transmettre ce que mes années de mission en Afrique m’ont appris : le sens de la fraternité, de l’accueil, du service et de la joie de l’Évangile. Dans cette nouvelle étape, j’aimerais surtout bâtir des ponts entre les personnes et les cultures, favoriser les rencontres et contribuer à une Église toujours plus fraternelle et missionnaire. Je souhaite avancer avec humilité, en restant disponible à ce que Dieu voudra faire de ma vie et de mon ministère.






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