« Ma joie, c’est d’accompagner les jeunes » : dans les coulisses de l’Année Spirituelle de Calavi


Students participate attentively in a Mass marking the taking of the oath at the conclusion of the International Spiritual Year, held in Calavi, Benin, on 25 June 2025.
La commune d’Abomey-Calavi est située à environ 18 kilomètres au nord de Cotonou, la capitale économique du Bénin. C’est là qu’une maison de formation internationale façonne des centaines de futurs prêtres missionnaires par un équilibre unique entre prière, vie communautaire, travaux manuels et discernement.

Chaque matin, à la Maison de l’Année Spirituelle Internationale de Calavi, la journée commence avant le lever du soleil. À 6h30, le silence laisse place à la méditation. À 7h00, c’est l’eucharistie. Viennent ensuite le petit-déjeuner, des sessions de formation, des travaux manuels, du sport, et la prière du soir. Ce rythme a formé et façonné des centaines de prêtres missionnaires de la Société des Missions Africaines (SMA), issus d’Afrique, des Amériques, d’Europe et d’Asie.

Pour ceux qui connaissent la SMA, Calavi est un nom familier. Située au cœur de la République du Bénin, cette maison d’accueil est le lieu où les séminaristes sont appelés à discerner leur vocation à la lumière du Charisme SMA. Ici, les étudiants reçoivent une formation holistique – spirituelle, humaine, intellectuelle et morale – conçue pour les préparer à une vie de service missionnaire.

Au cœur de cette œuvre se trouve une petite équipe de formateurs, des hommes qui ont consacré leur vie à accompagner les jeunes dans leur cheminement. L’un d’eux est le père Luc Kouakou Yao N’dah, prêtre ivoirien qui a passé l’essentiel de sa vie sacerdotale dans la formation.

Précisons le cadre : l’Année spirituelle internationale commence chaque 1er octobre et s’achève le 25 juin de l’année suivante. Cette date est un jour de fête pour la SMA car elle marque l’anniversaire de la mort du fondateur, Mgr de Marion Brésillac, décédé en Sierra Leone en 1859, le 25 juin. C’est également ce jour-là que les étudiants admis prononcent pour la première fois leur engagement – un serment d’une année – envers la Société des Missions Africaines. Cette année, la maison accueille 50 étudiants (séminaristes) et compte cinq formateurs. Le père Luc en est le recteur ; il est assisté par le père Athanas Dotto (Tanzanie), le père Andrzej Grych (Pologne), le père Abel Attikassou (République du Bénin) et enfin le père Daniel Mellier (France), que beaucoup de ses anciens élèves appellent affectueusement « Rigueur ».

Un parcours au service de la formation

Ordonné le 14 juillet 2007, le père Luc a passé ses sept premières années comme missionnaire dans le nord du Bénin, à la paroisse de Péréré. Mais en 2015, après une année d’études sur la formation à Paris, il a été appelé à rejoindre l’équipe de Calavi.

« J’ai été ici de 2015 à 2020 », raconte-t-il. Ensuite, j’ai été envoyé dans une autre maison de formation à Godeke, à Lomé, pendant quatre ans. Et à ma grande surprise, j’ai été rappelé pour rejoindre l’équipe de Calavi. Je suis revenu en septembre dernier, en septembre 2024. »

Ce qui fait la singularité de Calavi, ce n’est pas seulement son caractère international – la maison accueille cette année 50 séminaristes – mais aussi sa conviction profonde que la formation spirituelle ne peut être séparée du reste de la vie. L’emploi du temps quotidien reflète cette vision intégrée : la prière encadre la journée, mais les heures du milieu sont consacrées à des cours, des travaux pratiques et à la vie communautaire.

Le poids et la joie du discernement

Interrogez le père Luc sur les plus grands défis de son travail de formateur, et il n’hésite pas.

« Le plus grand défi, c’est la peur de se tromper, de ne pas être à la hauteur de la responsabilité en ce qui concerne le discernement, confie-t-il. C’est toujours un moment un peu stressant, un peu difficile de décider de la vie des jeunes, puisqu’une décision oriente forcément leur vie. »

Ce poids – savoir que le jugement d’un formateur peut orienter tout l’avenir d’un jeune homme – ne disparaît jamais complètement. Le père Luc dit prier constamment pour la sagesse, non pour lui seul mais pour toute l’équipe.

« Nous demandons beaucoup la grâce de Dieu, pour que, non pas en mon nom mais pour toute l’équipe formatrice, nous puissions voir juste et surtout aider les jeunes dans leur cheminement. »

Pourtant, les joies sont tout aussi profondes. Voir d’anciens étudiants servir comme missionnaires ordonnés aux quatre coins du monde est, dit-il, « toujours une source de joie, de satisfaction et d’action de grâce aussi au Seigneur ».

Plus qu’un séminaire

Calavi est appelée « maison d’année spirituelle », mais la spiritualité y touche tous les aspects de l’existence. La matinée commence par un entretien de la maison avant le petit-déjeuner. Les sessions se déroulent de 9h30 à 12h00. Après le déjeuner et le repos, l’après-midi est consacrée à des activités pratiques : travaux manuels, sport ou temps personnel.

Le samedi, la classe de chant et l’entretien de la maison rythment la matinée. Le dimanche, les fidèles des alentours viennent pour la messe de 10 h, et l’après-midi est libre.

« C’est un rythme de vie marqué par la prière, les repas, les sessions, les cours, et le sport ou le travail manuel, qui est aussi un temps de repos, explique le père Luc. Deux temps de méditation dans la journée nous permettent d’équilibrer nos journées : partir du Christ, aller vers les activités en communauté, en fraternité, puis revenir le soir. »

L’autosuffisance comme école de vie

L’un des aspects les plus frappants de la vie à Calavi est son engagement pour l’autosuffisance. La maison mène de nombreux projets d’élevage : poulets de chair, lapins, canards, pintades, poulets bicyclette (africains), porcs, moutons, et même cinq bœufs. Il y a aussi une pisciculture de poissons-chats (clarias).

« Nous avons aussi le jardin, avec les légumes que nous consommons comme antibactériens naturels, comme nourriture qui refait nos forces et nous donne de l’énergie », détaille le père Luc.

L’objectif n’est pas seulement économique. « Le souci, effectivement, c’est de produire le maximum de choses sur place pour avoir une alimentation bio, une alimentation saine qui nous permette de garder une santé robuste. »

Un nouveau projet vise à étendre les cultures vivrières – maïs, manioc, igname – sur le domaine, mais un forage est nécessaire pour irriguer les champs.

Vivre ensemble au-delà des différences

Avec des séminaristes venant de plusieurs pays et continents, la vie communautaire à Calavi est nécessairement interculturelle. Pour le père Luc, cela fait partie du don.

« C’est un moment de convivialité, de joie, d’ouverture, de partage, de découverte des différences », dit-il. Mais c’est aussi un moment d’écoute et de patience. »

La vie communautaire, réfléchit-il, est l’endroit où l’on apprend le soutien mutuel, la collaboration et le partage d’un idéal commun. « Le fait d’être ensemble, de ne pas être isolé seul, nourrit énormément la vie spirituelle et la vie relationnelle. »

Il est tout aussi affirmatif sur le soutien qu’il reçoit des autres formateurs. « Ce que j’admire – et pas seulement ici, même quand j’étais en paroisse – c’est cette fraternité sacerdotale, cette capacité d’être ensemble, de se soutenir, de ne pas être isolé. »

Le combat pour ouvrir les cœurs

Interrogé sur le défi récurrent qu’il rencontre chez les étudiants eux-mêmes, le père Luc ne pointe pas les ressources matérielles mais l’attitude intérieure.

« Le meilleur élément qui peut faciliter la formation, c’est de voir les jeunes vraiment ouverts à accueillir la formation », dit-il. Voir un jeune qui prend lui-même sa formation en main, qui est ouvert, qui est épanoui, ça fait plaisir. Mais quand c’est le contraire, c’est un peu difficile. »

Il prend soin de préciser : « Ce n’est pas nous qui formons en tant que tels ; ce sont les jeunes qui s’ouvrent à la formation. C’est un homme qui se forme à partir de ce qu’on lui propose. »

Calavi, note-t-il, est un lieu où beaucoup arrivent « avec beaucoup d’appréhension, beaucoup de peurs ». Les premières semaines de chaque année sont consacrées à dissiper cette peur. « Quand on voit que cette peur est plus ou moins dissipée et que l’ouverture à la formation est faite, ça fait plaisir. »

Soutenu par toute la famille SMA

Le père Luc insiste : Calavi ne fonctionne pas en isolation. Le Généralat de la SMA soutient la maison par le budget et les visites canoniques. Les provinces d’origine prennent régulièrement des nouvelles de leurs séminaristes. Les confrères de passage sont toujours invités à rencontrer et à travailler avec les étudiants.

Tout au long de l’année, des prêtres SMA sont invités pour des sessions sur l’ennéagramme, le Myers-Briggs, l’interculturalité, la sexualité, la retraite ignatienne, et les stages pastoraux. Les sœurs NDA interviennent également.

« Tous les regards sont ici, pour être honnête », conclut le père Luc. Et ça nous fait plaisir d’être au cœur de tout l’Institut, de toute la Société des Missions Africaines. »

Regarder vers l’avant

Ce qui maintient le père Luc en route, après près de dix ans de travail de formation ?

« Ma joie, c’est d’accompagner les jeunes, de les voir grandir », dit-il. J’y gagne dans ma propre relation, dans ma propre vie spirituelle. »

Les projets se poursuivent – l’autosuffisance alimentaire reste l’objectif immédiat – mais l’œuvre profonde reste la même : créer un lieu où les jeunes hommes peuvent entendre la voix de Dieu assez clairement pour y répondre.

Comme le dit le père Luc avec une évidente satisfaction : « Je serais ingrat si je disais que cela ne m’a rien apporté. »

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