Mission en République centrafricaine : reconstruire l’humanité, réconcilier les cœurs


Du traumatisme d’une attaque terroriste en pleine messe à l’accompagnement des Pygmées Bayaka, le témoignage d’un prêtre missionnaire sur une Église qui agit pour la paix et le développement intégral.

Pour le p. Richard Honkou, la mission en Centrafrique se résume en une quête : reconstruire « le Beau et le Vrai » dans un pays déchiré. « Réconcilier les cœurs et les esprits dans ces périodes de crises militaro-politiques qui se propagent comme un incendie, s’inscrit dans une dynamique d’action holistique, qui est à la fois spirituelle, sociale, éducative et humanitaire », affirme-t-il.

Sa mission a débuté de 2017 à 2020 comme vicaire à la paroisse Saint Charles Lwanga de Bégoua, dans l’archidiocèse de Bangui. Une communauté dynamique de 18 chapelles, où la foi reste « expressive et vivante » malgré la crise. Face aux « fâcheuses conséquences » des violences sur une jeunesse particulièrement touchée, ses « praxis pastorales » ont consisté à créer des espaces d’écoute et d’activités. Formations sur la non-violence et le dialogue interreligieux, micro-projets agricoles, soutien scolaire, cours de musique et activités sportives : autant d’outils pour « restaurer la confiance » et permettre la « cohésion sociale ».

Enfants pygmées Bayaka dans une salle de classe tenant des ardoises portant l’inscription « papa », Mabondo, République centrafricaine, le 8 février 2023.

Le drame de Fatima : devoir de mémoire et résilience

Le 1er mai 2018, la mission du p. Honkou bascule dans le drame. Alors qu’il célèbre la messe à Notre Dame de Fatima de Bangui, dans le quartier musulman de PK5, l’église est attaquée par des rebelles. « Des grenades tombaient dans la foule. Les rebelles tiraient à bout portant. » Un prêtre, Albert Toungoumale, et une vingtaine de fidèles perdent la vie. « Ayant la vie sauve, c’est la grâce de Dieu, je dirai même, c’est un miracle », confie-t-il, rendant hommage aux défunts.

Pour se reconstruire, les rescapés, accueillis par le Cardinal Dieudonné Nzapalainga, suivront des sessions d’accompagnement avec l’ICOF et Catholic Relief Services. Le p. Honkou puise aussi une force dans l’eucharistie et l’adoration, citant saint Paul : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. »

Mabondo : une mission prophétique auprès des Pygmées

En 2020, il est envoyé à Mabondo, dans le diocèse de Berberati, une mission de « première évangélisation » au service des Pygmées Bayaka, un peuple semi-nomade, traditionnellement chasseurs-cueilleurs, marginalisé et démuni.

Ici, la mission est une « mission de présence et de patience ». Il n’y a pas d’église en dur, la messe est célébrée dans une ancienne classe. Les défis sont immenses : santé, malnutrition, analphabétisme. Le village ne dispose pas d’école fondamentale. Un programme d’alphabétisation en deux ans, ORA (Observer, Réfléchir, Agir), a été mis en place. Pour offrir un avenir aux enfants Bayaka, un projet de construction d’une école de trois classes, avec une cantine et des toilettes, a été présenté à la Province de Lyon en 2022. La collecte de fonds est en cours.

Les paroissiens de la paroisse de Mabondo posent pour une photo de groupe à Mabondo, République centrafricaine, le 25 janvier 2025.

Soins de santé : un droit fondamental, un service de reconstruction

À Mabondo, la structure de santé est vitale. Le p. Honkou décrit les inégalités d’accès aux soins entre riches et pauvres, entre Bayaka et Bilo (Bantous). Grâce à des partenaires comme Water for Good, Action contre la Faim, FairMed et l’Ordre de Malte France, la mission a pu réaliser des forages pour l’eau potable, conserver des vaccins et lutter contre les maladies tropicales négligées. « L’accueil, la propreté, la qualité et la gratuité des soins » font affluer les patients de loin. « Soigner un patient, c’est un service de reconstruction », souligne le prêtre, pour qui « toute personne blessée ou malade est une présence du Christ souffrant ».

Changer le monde à partir du cœur

En citant le pape François dans son encyclique Dilexit nos – « le monde peut changer à partir du cœur » – le p. Honkou livre le fond de sa mission. Une mission qui, au-delà de la pastorale classique, cherche à panser les plaies visibles et invisibles, à reconstruire une civilisation de l’amour sur les ruines de la haine. Son témoignage est celui d’une Église centrafricaine résiliente, qui, dans l’épreuve, continue inlassablement à semer les graines de la paix et de l’espérance.

NB : Le Père Richard Honkou, prêtre togolais de la Société des Missions Africaines (SMA), en mission en République centrafricaine.

Par Dominic Wabwireh

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