Exemple en actes : expérience d’un Provincial à l’ICOF


Lorsqu’un responsable choisit de s’engager lui-même dans un processus de renouvellement, il montre que la croissance et la formation sont des responsabilités partagées par tous.

C’est précisément ce qu’a récemment choisi de faire le P. Narcisse Ogou SEKA, Supérieur provincial SMA de la Côte d’Ivoire, en participant au Programme inter-congrégationnel de formation permanente (ICOF) en Tanzanie.

En participant au programme, il démontre que la formation continue et le renouvellement, tels que proposés par l’Icof, ne sont pas réservés à ceux qui rencontrent des difficultés, mais constituent des éléments essentiels d’une vie missionnaire saine et féconde.

Briser une barrière silencieuse

En effet, dans de nombreuses congrégations religieuses, les programmes de formation continue telle que Icof ne sont pas toujours bien perçus. Ces programmes sont souvent vus comme réservés à ceux qui traversent des difficultés ou des crises personnelles. En raison de cette perception, beaucoup hésitent à y participer. En choisissant lui-même de suivre le programme ICOF, le Provincial de Côte d’Ivoire a contribué d’une certaine manière à briser cette barrière silencieuse.

Après 22 ans de sacerdoce, dont 10 années de ministère pastoral et 12 années dans l’administration comme Vice-Supérieur, Supérieur régional, et aujourd’hui Provincial entamant un second mandat, il a reconnu la nécessité de faire une pause pour renouveler ses forces avant de poursuivre le chemin de service.

Son choix envoie un message clair : L’ICOF n’est pas une mesure corrective, mais un processus continu de renouvellement, de croissance et de consolidation de la mission.

En participant à ce programme, le Provincial de Côte d’Ivoire a montré que le renouvellement n’est pas seulement une invitation faite aux autres, mais une exigence que chacun est appelé à vivre personnellement.

Une décision ancrée dans le souci de la mission

La décision de participer au programme sabbatique de l’ICOF s’inscrit également dans l’esprit de l’Assemblée Générale 2025, qui encourage une attention accrue au bien-être des membres.

Pour le P. Narcisse Ogou SEKA, choisir l’ICOF en Tanzanie signifiait aussi tout laisser derrière soi pendant un certain temps, avec la conviction que personne n’est indispensable, afin de se consacrer pleinement à un chemin de renouvellement.

Un tel choix exige humilité et confiance. S’éloigner des responsabilités, même temporairement, n’est jamais facile pour une personne engagée dans l’administration. Pourtant, cela révèle une compréhension élevée de la mission : personne n’est indispensable, et prendre soin de la mission implique aussi de prendre soin du missionnaire.

Un chemin de renouvellement

Le programme ICOF a été mis en place par plusieurs congrégations religieuses, dont la SMA, afin d’offrir aux missionnaires un espace de repos, de réflexion et de renouvellement. Il s’appuie sur les quatre dimensions fondamentales de la formation reconnues par l’Église : humaine, spirituelle, pastorale et intellectuelle.

Ce cycle intitulé « Wholeness », qui s’étendait de janvier à mars, a rassemblé 23 participants et 3 facilitateurs venus de divers pays : Zambie, Zimbabwe, Ouganda, Malawi, Mali, Nigeria, Kenya, République démocratique du Congo, Côte d’Ivoire, Bangladesh et Angola.

Les participants provenaient de diverses familles religieuses : SMA, Spiritains, Missionnaires d’Afrique, Sœurs Missionnaires Médicales, Pères de Mill Hill, Sœurs Notre Dame des Apôtres, Ordre des Frères Mineurs (OFM), Petites Sœurs de Saint François de Zambie, Pères de la Sainte-Croix, ainsi que des prêtres diocésains.

Malgré la diversité de leurs origines, les participants ont rapidement formé une communauté fraternelle de soutien mutuel, partageant expériences de ministère, de leadership et de foi.

Redécouvrir la source

Les paroles de Jésus dans ce contexte prennent un sens renouvelé : « Venez vous-mêmes à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu » (Mc 6, 31). Pour des missionnaires profondément engagés dans des responsabilités pastorales et administratives, une telle invitation revêt une importance particulière.
Pour le Provincial de Côte d’Ivoire, cette période lui a permis de revisiter les motivations de sa vocation missionnaire et de renouer avec les fondements les plus profonds de sa vie sacerdotale.
Au début du programme, il a placé son expérience sous le symbole des Mages à la recherche de l’Enfant Jésus, guidés par une étoile.

Il est intéressant de noter que le premier module du programme s’intitulait « À la recherche de Dieu ». À travers la réflexion et la prière, ce thème a invité les participants à redécouvrir l’aspiration la plus profonde du cœur humain : le désir de rencontrer Dieu.

Guérison et nouvelle ouverture

Le programme a également ouvert un espace de guérison intérieure. Il a permis aux participants de reconnaître les blessures personnelles qui nécessitaient une attention particulière, de faire l’expérience du pardon et de progresser vers la réconciliation avec eux-mêmes et avec les autres.

Pour le P. Narcisse Ogou SEKA, ce processus a conduit à une plus grande ouverture de cœur et à une prise de conscience renouvelée de l’importance de l’équilibre spirituel, émotionnel et physique.
Avec le recul, il reconnaît que le fait d’avoir suivi un tel programme plus tôt dans son ministère aurait pu éviter certaines difficultés. Pourtant, il reconnaît également que le temps de Dieu est toujours le bon.

Un message pour tous

Le fruit le plus significatif de cette expérience pour tous, a mon humble avis, réside dans l’exemple qu’elle donne.
Lorsqu’un supérieur choisit de vivre un temps de renouvellement comme Icof, cela change les perceptions, même chez les plus réticents. Elle confirme que de tels programmes ne sont pas réservés aux situations de crise, mais constituent des opportunités précieuses offertes à tous.

Retour empreint de gratitude

C’est donc plein de gratitude envers tous ceux qui ont rendu cette expérience possible, que le P. Narcisse Ogou SEKA est retourné en Côte d’Ivoire.

Son parcours nous rappelle une vérité fondamentale de la vie missionnaire : ceux qui se mettent au service des autres doivent également se laisser renouveler. En prenant du recul pendant un certain temps, il est reparti fortifié, prêt à continuer à diriger avec une clarté renouvelée, une compassion plus profonde et l’esprit d’un leader serviteur.

À bien des égards, son expérience donne une expression concrète à la vision de l’Assemblée générale de 2025, qui appelle la Société à promouvoir le bien-être et la croissance holistique de ses membres.

En embrassant lui-même ce temps de renouvellement, il a montré que cette vision n’est pas simplement une ligne directrice écrite dans des documents, mais un chemin destiné à être vécu.

Par cette décision simple mais courageuse, il nous rappelle que le véritable leadership inspire non seulement par les mots, mais aussi par l’exemple.

Brice Ulrich AFFERI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *