Sans orientation, une mission peut-elle vraiment porter des fruits ? Perspectives des Cartières


Tout missionnaire sait que le fait d’arriver dans un nouveau lieu n’est pas simplement un changement géographique, mais l’entrée dans une autre façon de penser, de croire, d’être en relation et de vivre. L’orientation culturelle et pastorale n’est donc pas une option ; elle est indispensable. Elle fait partie de l’ADN même de la vie missionnaire de la SMA et constitue depuis longtemps un pilier de notre tradition missionnaire, mise en pratique dans nos différentes entités. Pourtant, aujourd’hui, cette dimension essentielle se fait parfois rare, est pratiquée de manière inégale ou moins systématique.

Cet affaiblissement a des conséquences bien réelles. Il arrive que des confrères soient envoyés dans des réalités culturelles et pastorales complexes sans préparation suffisante, mettant à mal l’action pastorale, qui risque de devenir fragile, superficielle ou déconnectée de la vie réelle des personnes. Une mission porteuse de fruits ne peut s’improviser. Elle nécessite du temps, de la formation et une compréhension approfondie du contexte humain, culturel et ecclésial dans lequel elle s’exerce. Renouveler et renforcer les espaces d’orientation culturelle et pastorale n’est donc pas une préoccupation secondaire, mais une responsabilité pour notre Société. Afin de préparer ses missionnaires à accueillir les personnes avec respect, sensibilité et profondeur évangélique, la SMA doit continuer d’investir dans ces espaces d’orientation.

C’est dans ce contexte et en réponse à ce besoin que l’expérience des Cartières prend tout son sens.

Une session d’accueil, d’orientation et de partage, organisée conjointement par le conseil provincial SMA de Lyon, le conseil provincial des Sœurs Notre-Dame des Apôtres et la Fraternité des Laïcs Missionnaires (FLM), s’est tenue aux Cartières, en France, du 1er au 5 février. Elle a réuni des prêtres, des religieuses et des membres laïcs venus de différents pays et horizons culturels. Cette initiative reposait sur une conviction forte : une mission porteuse de fruits passe nécessairement par une connaissance et une compréhension profondes du contexte humain, culturel et ecclésial dans lequel elle s’exerce.

Conçue comme un véritable temps de formation missionnaire, la session visait à accompagner les nouveaux arrivants dans une démarche d’orientation culturelle et pastorale. L’objectif était de favoriser une insertion harmonieuse et efficace de ces derniers dans leur nouveau milieu de mission. Plus que de simples informations, les participants ont reçu des outils de discernement et de lecture du réel, permettant de mieux comprendre les personnes, leurs parcours, leurs attentes et leurs manières de vivre la foi.

Les échanges ont porté sur plusieurs thématiques : la découverte et l’appréciation de la culture locale, la compréhension du principe de laïcité et de ses implications dans la vie sociale et religieuse, les relations entre hommes et femmes, entre parents et enfants, ainsi que les réalités concrètes de la vie quotidienne. Ces sujets n’ont pas été présentés comme de simples données sociologiques, mais comme des repères indispensables pour cultiver une pastorale incarnée, attentive et adaptée aux besoins des personnes.

Au-delà des enseignements, la session a été un temps fort de rencontres humaines : un espace pour dialoguer, partager ses expériences, s’étonner, se questionner et s’enrichir mutuellement. Elle a permis à chacun de mesurer combien une orientation, vécue dans l’humilité et l’ouverture, constitue un socle solide pour une présence pastorale crédible et féconde, au service de l’annonce de l’Évangile dans un monde marqué par la diversité.

Son impact est apparu particulièrement évident à travers les réflexions des participants eux-mêmes. Pour beaucoup, cela a été une démonstration frappante de l’importance de l’orientation culturelle et pastorale pour la mission — une véritable révélation qui a mis en lumière à la fois les défis liés à l’entrée dans un nouveau contexte et la préparation nécessaire pour un service efficace.
Le P. Simon Pierre Kakiau de la République démocratique du Congo s’exprimait ainsi : « Nous sommes venus avant tout comme missionnaires, mais missionnaires dans une culture bien déterminée qui nous exige de connaître cette culture pour bien mener notre mission. »
Le P. Eric Yapi Yapi, de la Côte d’Ivoire, a insisté sur l’importance pratique de cette préparation : « Chez nous, on dit que l’étranger a de gros yeux, mais il ne voit pas. Il est bon de l’aider à voir certaines choses, pour qu’il ne commette pas de grandes erreurs, afin qu’il puisse entrer dans la société de manière paisible et calme. »
Mr. Pierre Ménard de la FLM a souligné le bénéfice mutuel de ces échanges : « À chaque fois, je découvre de nouvelles choses sur l’Église en France, et surtout ce que les participants apportent — la richesse de leur expérience. »

Ce qui s’est vécu aux Cartières confirme une vérité simple : la mission ne peut porter pleinement ses fruits sans une orientation culturelle et pastorale.

Cette expérience vient rappeler l’existence d’un chemin déjà tracé, que la SMA doit continuer à suivre, à renforcer et à structurer dans toutes ses entités. Si l’orientation culturelle et pastorale reste présente dans bon nombre de nos entités, elle doit cependant être abordée avec plus de détermination, de cohérence et d’attention systématique. Dans la SMA, où la mission ad gentes est la pierre angulaire de notre identité, ces sessions constituent un exemple concret et un modèle à suivre.

À l’exemple du Christ, qui prend le temps de rencontrer chaque personne là où elle se trouve, de l’écouter, de la comprendre et d’entrer en relation avec elle avant de l’appeler à la conversion, nous sommes invités à marcher avec les personnes, à apprendre d’elles et avec elles, afin que la Bonne-Nouvelle prenne chair dans des réalités concrètes.

Une certitude se dégage de cette expérience : Orienter, c’est, c’est privilégier une pastorale plus humaine, mieux adaptée et plus porteuse d’espérance.

Comme le déclare saint Paul : « Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns » (1 Cor : 9, 22).

Brice Ulrich AFFERI

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