« Attention, monde — le Kenya est prêt à s’épanouir »


Rev. Fr. Robbin Kamemba, Provincial Superior of the Kenyan Province, takes the oath of office in the chapel during the inaugural Provincial Assembly held at St. Mary’s Pastoral Center in Nakuru on November 27, 2025.

NAIROBI – Le Père Robin Kamemba s’installe avec un sourire réfléchi. « On pourrait dire que j’ai collectionné quelques tampons sur mon passeport », confie-t-il, les yeux plissés par l’ombre d’un rire. Cette remarque modeste masque pourtant un parcours qui vient d’aboutir à une étape historique : sa nomination comme premier Supérieur Provincial de la toute nouvelle Province kenyane de la Société des Missions Africaines (SMA).

Son itinéraire, entamé bien avant son ordination en 2005, traverse le Bénin pour l’année spirituelle internationale, la Côte d’Ivoire pour la théologie, avant de prendre forme durant des années missionnaires décisives en Zambie et en Égypte. « En Zambie, où j’ai contribué à la formation des séminaristes SMA, l’Église était vivante, pleine de chants et de danses », se souvient-il. « En Égypte, c’était tout autre chose : davantage de retenue, ancrée dans les anciennes traditions coptes. C’est comme entendre une même et belle mélodie interprétée dans des styles musicaux totalement différents. »

Cette immersion dans la diversité lui a révélé une vérité profonde. « Le sacerdoce est centré sur le Christ, sur le service et, surtout, sur la présence auprès du peuple », insiste-t-il. « Le cœur de notre humanité et notre quête de Dieu dépassent toutes les frontières. » Peut-être les leçons les plus profondes sont-elles nées de ses dix années passées en Égypte, qu’il décrit comme « une école de patience, de tolérance et de compréhension ».
Dans cette République islamique, il a été confronté à une critique fréquente : « Pourquoi sommes-nous les seuls à faire des efforts ? » Sa réponse s’appuie sur l’expérience concrète.
« Je me suis lié d’amitié avec de nombreux musulmans engagés sincèrement dans le dialogue », témoigne-t-il. Il nuance fortement les perceptions : « Les gros titres sont dictés par une minorité. La plupart des musulmans que j’ai rencontrés menaient une vie honnête, paisible… Ils m’ont montré que partager un repas ou un éclat de rire peut parfois être bien plus puissant qu’un débat. »

Pour le Père Robin, approfondir l’islamologie est une nécessité contemporaine. « C’est apprendre une langue du cœur qui dépasse les frontières. » Beaucoup le décrivent comme calme et accessible — une qualité qu’il attribue moins à sa personnalité qu’à sa vision du leadership. « Je ne vois pas la direction comme un pouvoir, mais comme un chemin de ‘marche ensemble’ », explique-t-il. « Il s’agit moins de commander ou de guider que d’écouter, d’encourager et de cheminer avec mes frères. » Puis, avec humour, il ajoute : « Et une bonne tasse de thé kenyan est toujours la bienvenue ! »

Concernant l’importance de sa nouvelle responsabilité, son humilité demeure palpable. « C’est une étape majeure pour la SMA au Kenya… C’est comme si nous nous étions entraînés pour un marathon et venions d’atteindre la ligne d’arrivée, seulement pour réaliser qu’elle marque en fait le début d’un défi encore plus enthousiasmant. » Ses priorités immédiates sont pratiques et essentielles : mettre en place des structures solides en matière de sauvegarde, de gestion, de finances, d’animation missionnaire et de formation. « Ce n’est pas le travail le plus glamour », reconnaît-il, « mais une base fiable est indispensable avant de commencer à décorer la maison. »

À l’attention des jeunes Kenyans en quête de vocation, son message est clair. « La mission est aujourd’hui plus pertinente que jamais », affirme-t-il. « Dans un monde de plus en plus connecté mais profondément fragmenté, le missionnaire est un bâtisseur de ponts. » Il s’éloigne du cliché de l’‘Indiana Jones’ spirituel pour valoriser une vie de service. « La société te dit d’accumuler des richesses… La mission propose un autre chemin — un chemin de joie, de sens et d’un amour capable de transformer ta vie et celle des autres. »

Fort de son expérience interreligieuse, il propose un modèle de coexistence. « Cela commence par de petits gestes : partager un repas, célébrer les fêtes de l’autre… même une simple salutation comme As-salamu alaykum peut ouvrir des portes et des cœurs d’une manière inimaginable. »

Ce qui l’inquiète le plus pour l’Église en Afrique ? La complaisance.
Ce qui lui donne le plus d’espoir ? Son peuple.
« L’Église africaine possède un don à offrir au monde — une foi vibrante, une espérance tenace et un profond sens de la communauté. »

Sur l’équilibre entre compassion et fermeté, il cite Brené Brown : « Le clair est gentil. L’obscur est méchant. »
Pour lui, la vraie compassion exige la clarté, même lorsque c’est difficile. « C’est être un berger capable d’utiliser le bâton pour guider et protéger le troupeau, mais aussi de porter délicatement l’agneau égaré. »

Son message final est audacieux. « La tentation existe… celle de se replier sur soi. Mon souhait est que le Kenya devienne un grand donateur au sein de la SMA. »
Sa vision est expansive : « Nous voulons nous épanouir comme une belle fleur, offrant sa beauté et son parfum au monde entier. Attention, monde : la SMA au Kenya est prête à fleurir ! »

Alors que la conversation touche à sa fin, il partage une dernière demande, humble et souriante — fidèle à l’homme derrière le titre historique : « Gardez-nous dans vos prières. Et si un jour vous me trouvez un peu moins serein… offrez-moi simplement une tasse de thé (avec du lait) ! »

Par Dominic Wabwireh

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