Brésillac, son époque, ses idées


Brésillac, son époque, ses idées
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Dans le cadre de l’année Brésillac, la communauté SMA de Rome (via della Nocetta) s’est réunie, le mercredi 9 avril 2014 autour du Père Bupe Chembo, doctorant en histoire de l’Église à l’université grégorienne. Celui-ci a choisi de traiter le thème : Brésillac, son époque, ses idées.

 Le P. Bupe a d’abord replacé Brésillac dans son époque. Celui-ci est né en 1813. Il a été ordonné prêtre en 1838. Parce qu’il voulait être envoyé en mission, il s’est présenté aux Missions Étrangères, à Paris, en 1841. L’année suivante, il arrivait en Inde… où il allait passer douze ans.

Au début du 19ème siècle l’Église venait de traverser une époque cruciale : la Révolution française, puis l’épopée napoléonienne avaient rendu difficile tout envoi de missionnaire. En 1820, les MEP n’ont plus que 20 prêtres en Inde, aidés par le clergé indien qui ne jouit pas d’une bonne réputation.

Mais à Rome, les papes veulent restaurer la discipline au sein de l’Église. Le long pontificat de Pie IX, du point de vue missionnaire, est essentiellement la continuation et l’amplification de la réforme de Grégoire XVI. La Congrégation de la Propaganda Fide, qui avait été supprimée, va se reconstituer. Au temps où Mgr Barnabo est secrétaire (à partir de 1847), puis cardinal préfet (à partir de 1856), des congrégations et sociétés missionnaires vont apparaître et proposer leurs services. Propaganda Fide leur attribuera des territoires, mais elle veillera aussi à ce que le nombre des missionnaires augmente.

Monseigneur de Marion Brésillac reste ultramontain dans son idéal missionnaire. Rome reste le centre de la mission. Il faut se rappeler que le 19ème siècle est une période de centralisation à Rome.

Nous sommes tous catholiques
La mentalité de Mgr de Brésillac transparait à travers cette prière qu’iI a composée : “ Je vous demande, ô mon Dieu de ne pas être français pour ce qui regarde l’Église, mais catholique, catholique seulement, catholique romain et je vous prie d’inspirer aux Irlandais, aux Anglais, aux Portugais, aux Français, aux Savoisiens, et à tous ceux qui ont quelque part dans les affaires ecclésiastiques de l’Inde, d’oublier où ils sont nés pour ne se rappeler qu’une chose, à savoir que nous sommes tous catholiques et que nous devons nous appliquer à n’introduire que les usages de Rome, la tête de toutes les églises, leur modèle et leur Mère.”

Le missionnaire doit respecter tous les rites et les usages
Rome a réponse à tous les problèmes du missionnaire. La SCPF a été créée pour centraliser à Rome la direction de l’évangélisation… et reprendre aux “rois catholiques” (d’Espagne et du Portugal : le
padroado) une mission d’évangélisation dont ils s’acquittaient insuffisamment. La charte des missions de 1659, dans sa troisième partie, articule la nature de la mission. L’objectif principal est de former un clergé local. Le missionnaire doit se tenir éloigné de la politique et des affaires de l’Etat, fuyant toute attitude susceptible d’éveiller des soupçons. Le missionnaire doit respecter tous les rites et les usages qui ne sont pas détestables…

Laissez donc l’Indien toujours indien
La théologie missionnaire de Brésillac s’inspire des Instructions de 1659 (la « grande charte », l’Instruction aux Vicaires apostoliques en partance pour la Cochinchine…). A ses yeux, le respect des autres cultures est très important. Il interdit aux missionnaires d’aller en mission avec un esprit de nationalisme culturel. Mgr de Brésillac se demande : “Pourquoi ne se fait-on pas davantage aux usages du pays ? J’ai été étonné en arrivant ici de trouver nos missionnaires beaucoup plus français que malabares… Sans cela est-il possible de propager l’Évangile ? Ne doit-on pas repousser les païens et même indisposer les chrétiens ? Laissez donc l’Indien toujours indien et le Chinois toujours chinois : faites-les seulement enfants de Dieu et de l’Eglise. (Cf. L. Le Gallen, pp. 118 et 167)

Il faut quitter ses bésicles européennes
 Il continue : “Il faut quitter ses bésicles européennes et armer ses yeux d’un verre un peu plus en harmonie avec la couleur locale… Faites en sorte de ne rien introduire contre le gré des peuples, mais amenez le peuple à désirer ce que vous voulez introduire. ( Cf. Marion Brésillac, Souvenirs de douze ans de missions, p.77, n° 54).

laissons-les marcher seuls
Pour Melchior la mission n’est pas assimilation ou domination : “ Sachons bien que nous ne voulons pas dominer sur les peuples, mais leur apprendre l’unique moyen d’être heureux et leur indiquer la voie par où ils doivent marcher. Aussitôt que nous l’avons tracée, cette voie, laissons-les marcher seuls. Nous ne voulons pas régner spirituellement sur eux, nous ne voulons que les donner à Jésus-Christ. Et s’il faut que dans une société quelconque il y ait des chefs et des administrateurs, c’est au milieu d’eux qu’ils doivent être pris et la religion sera leur dans ce pays”. (Cf. DMF, pp 113-114).

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